‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 3)Chapitre 2 sur 50 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

ble à tous les yeux. La voie où nous marchions, hérissée de souffrances et de persécutions, ne conduisoit qu'aux cours d'assises. On ne suit guère une pareille route, à moins d'être soutenu par une pensée vraie ou fausse de devoir. Or rien ne contriste plus amèrement l'âme que de voir cette pensée totalement méconnue. Que si, la reconnoissant, on n'a pour elle qu'un froid dédain, ou une sèche indifférence, il est impossible de se dérober à un sentiment plus amer encore.

Je me suis souvent étonné que le pape, au lieu de déployer envers nous cette sévérité silencieuse dont il ne résultoit qu'une vague et pénible incertitude, ne nous eût pas dit simplement : « Vous avez cru bien » faire, mais vous vous êtes trompés. Placé à la tête de » l'Eglise, j'en connois mieux que vous les besoins, les » intérêts, et seul j'en suis juge. En désapprouvant la » direction que vous avez donnée à vos efforts , je » rends justice à vos intentions. Allez , et désormais , )) avant d'intervenir en des affaires aussi délicates , » prenez conseil de ceux dont l'autorité doit être votre » guide. » Ce peu de paroles auroit tout fini. Jamais aucun de nous n'auroit songé à continuer l'action déjà suspendue. Pourquoi, au contraire, s'obstina-t-on à nous refuser même un seul mot ? Je ne m'explique ce fait que par les intrigues qui environnoient Grégoire XVI, par les secrètes calomnies dont la haine de nos adversaires nous noircissoit dans son esprit, et aussi par cette espèce d'impuissance, qui semble inhérente à tous les pouvoirs, de croire au désintéressement, à la sincérité et à la droiture.

N'apercevant aucun terme à l'état d'attente où Ton paroissoit vouloir nous laisser indéfiniment , nous crûmes devoir adresser au pape le Mémoire suivant, rédigé presque en entier par M. Lacordaire, et que le cardinal Pacca se chargea fort obligeamment de présenter.

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