‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 3)Chapitre 24 sur 50 · ÉTAT DU CATHOLICISME · texte numérisé non relu

ÉTAT DU CATHOLICISME

lUilie.

Toutes les nations ont été données à Jésus-Christ en héritage; il est écrit qu'il les gouvernera (1), et c'est en vertu de ce décret de son Père, qu'avant de remonter vers lui, après avoir accompli sa mission terrestre et consommé sur le Calvaire la rédemption du genre humain, comme il avoit été envoyé luimême (2), il envoya ses apôtres, leur disant: Allez ^ enseignez toutes les nations ^ il n'en excepte aucune, leur enseignant à garder tous les commandemens que vous avez reçus de moi (3), Or Dieu ne parle point en vain; jamais il ne révoque ses promesses; ce qu'il a résolu demeure immuable; et dès lors il est certain pour quiconque a foi dans l'Evangile du Verbe incarné , que tous les peuples entendront la bonne nouvelle du salut, et que des quatre vents de la terre ils viendront se reposer à l'ombre de la croix, dans le sein de l'Eglise qu'il a fondée. Si, en effet, le christianisme est la dernière loi de l'humanité, s'il

(1) Ps.,II,;8,9.

(2) Joann.,XX, 21.

(3) M«e(/r., XXVIII, 19, 20.

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renferme le principe de son développement et le germe de sa perfection, il est impossible qu'il ne finisse pas, après une résistance plus ou moins longue, par dompter ce qu'il y a de rebelle à son action dans le cœur des hommes et dans les fausses institutions des sociétés. A peine naissant il se répandit dans presque tout l'univers connu. Dès le premier siècle, l'Inde au-delà du Gange subit son influence aussi bien que les Gaules ; et ces progrès rapides, en ces temps d'une si profonde corruption, parmi des races si diverses, prouvent sa secrète affinité avec la nature humaine. La prodigieuse puissance de civilisation dont il est doué, et que nul aujourd'hui ne conteste , la prouve encore plus; de sorte que, même la foi mise à part, il faut nécessairement opter entre ces deux hypothèses: le monde s'éteindra dans la barbarie, ou le monde deviendra chrétien.

Cette dernière, la seule qu'une philosophie éclairée puisse admettre, paroît néanmoins, au premier coup d'œil, non seulement loin de se réahser, mais peu d'accord avec l'expérience de la période sdtiale qui se termine, ainsi qu'avec la direction présente des esprits et le cours général des choses. Nous montrerons plus tard combien on se tromperoit en appréciant la force réelle du catholicisme, et en se hâtant de prononcer sur sa destinée future, d'après une vue superficielle de l'état où maintenant il nous apparoît ; état compliqué et qui d'ailleurs dépend de causes passagères. Cependant on ne sauroit se dissimuler que l'époque actuelle est pour lui une époque de souffrance et d'affoiblisse-

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ment. L'Église est malade, elle languit, elle a cessé d'étendre ses conquêtes : impuissante même à conserver celles des siècles antérieurs, elle ressemble à une mer qui abandonneroit ses rivages. Et c'est, pour ne pas entrer ici dans les explications particulières de ce fait aussi triste que certain, c'est qu'il n'est point dans la création de mouvement continu, de progression sans intermittence ; tout y est soumis à une loi universelle de flux et de reflux , qui ne permet que difiîcileraent à l'homme d'apercevoir ce qu'il y a de constant et d'immuablement dirigé vers le même but dans les opérations divines. Quelques vagues mesurent notre durée ; et en voyant chaque flot reculer après avoir épuisé son eff'ort, nous nous imaginons que l'Océan retourne en arrière.

Toutefois, je le répète, l'Eglise est malade, elle languit; et bien que cette langueur ne doive avoir qu'un temps, eUe entraîne à sa suite tant de conséquences funestes , la perte de tant d'âmes rachetées du sang de Jésus-Christ, de si profonds désordres dans la société , des commotions , des calamités, des catastrophes si terribles, que le premier devoir des chrétiens est de chercher à y mettre un terme. Et que la grandeur du mal ne les décourage point : c'est parce qu'il est grand qu'il faut le combattre ; c'est parce qu'il est grand qu'il faut que notre zèle soit encore plus grand, notre dévouement plus actif, notre amour plus ardent, notre foi plus forte. Ceux qui disent: Dieu y remédiera , et puis demeurent tranquilles ; ceux-là disent vrai, et tout ensemble ils prononcent leur con-

damnation. Oui, Dieu y remédiera, il sauvera son Eglise , car il l'a promis : mais sauvera-t-il aussi les lâches qui l'abandonnent dans le péril, qui la délaissent dans ses douleurs, dans sa captivité, dans ses angoisses? Il leur sera dit: (( Retirez-vous de moi, car » j'ai eu faim, et vous ne m'avez point donné à man- )) ger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez point donné à » boire; j'étois sans asile, et vous ne m'avez point » recueilli; nu, et vous ne m'avez point vêtu; malade, » et vous ne m'avez point visité ; en prison , et vous » n'êtes point venu à moi (1). » Voilà ce qui leur sera dit, et ils s'en iront, dans leur Iku (2) avec le traître.

Mais avant d'examiner les causes de cette déplorable défaillance dans laquelle elle est tombée, et de chercher par quel moyen on peut , aidé du secours d'en-haut , lui rendre sa première vigueur, il est nécessaire de constater, en quelque sorte historiquement, l'état du catholicisme dans le monde.

Son étendue géographique comprend environ les deux tiers de l'Europe, une extrêmement petite partie de l'Afrique et de l'Asie , l'Amérique entière , à l'exception des pays situés entre la Louisiane et le Canada et de quelques îles angloises où le protestantisme domine ; presque rien dans l'Australasie , rien dans rOcéanie. 11 se trouve à peu près dans les mêmes rapports avec la population totale du globe, c'est-à-dire que les catholiques , selon les calculs les plus vraisem-

(1) Malih., XXV, 42, 43.

(2) Ael., I, 25.

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blables, en forment la sixième partie. Quelque foible que soit déjà ce nombre, il faut en déduire encore , surtout parmi les nations européennes, les hommes qui ayant abandonné la foi de leurs ancêtres , et même toute foi, n'appartiennent au catholicisme que de nom, et chacun sait combien ils se sont multipliés depuis un siècle. Ajoutez-y certaines peuplades à peine converties à moitié , chez lesquelles règne un impur mélange de christianisme défiguré et de superstitions idolâtriques, quelques autres qui croupissent dans une ignorance presque absolue , et voyez ce qui reste de vrais chrétiens. On est effrayé de leur solitude sur cette terre promise tout entière au Christ, et chaque jour le désert s'élargit autour d'eux. Chaque jour la religion gémit sur de nouvelles pertes que sont bien loin de compenser les progrès qu'elle fait dans d'autres contrées. A partir d'une époque déjà ancienne, elle a visiblement, et sans interruption, tendu à décliner, comme un vieillard dont le pouls bat toujours plus lentement. Ce dépérissement graduel^ nous le croyons, touche à sa fin; et une vie puissante, dont il est possible à des yeux attentifs d'apercevoir les premiers signes, ne tardera pas à se manifester dans le sein du catholicisme. Mais, en ce moment, il est encore , presque partout du moins , sous l'influence des causes qui ont amené son affoibhssement. Le souffle divin s'est retiré au dedans ; et pendant que se décompose l'enveloppe aride qu'a desséchée l'haleine du temps, il achève de former l'immortelle chrysalide.

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