‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 3)Chapitre 28 sur 50 · CONTINUATION DU MEME SUJET · texte numérisé non relu

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France.

De même que Rome est le centre de la foi , la France est le centre principal de la pensée, du mouvement intellectuel dans le monde. Humainement parlant, ces deux grandes puissances ont un égal besoin Tune de l'autre. La France a besoin de trouver à Rome une règle et un point d'appui : Rome a besoin de l'ardeur et du prosélytisme français , pour amener les peuples dans sa sphère d'attraction; de l'intelligence prompte, droite, hardie de cette race extraordinaire , pour la défendre contre ses ennemis spirituels. Née spécialement pour conserver, elle a dans sa nature quelque chose de passif, quelque chose de peu propre au combat. Au milieu de tant d'adversaires, muette, grave, tranquille, on diroit un de ces vieux Romains assis sur leurs chaises curules , et devant qui les Gaulois , maîtres un moment de la ville éternelle , s'arrêtoient avec étonnement , incertains s'ils voyoient des hommes, ou des statues. Seule, elle n'est pas complète, par rapport à l'action qui , selon les desseins de Dieu , doit être exercée sur le genre humain, mais exercée sous son influence : elle manque d'un ressort, d'un instrument à divers égards indispensable. La France, avec sa forte et rapide parole, avec sa raison pénétrante et vive, doit être au-

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Icmagne, au moyen âge, avec sa puissante épée et èa prodigieuse activité guerrière. Sous un autre point de vue , l'immobilité romaine à la longue engourdiroit et pétrifieroit les nations chrétiennes, si elles n'étoient continuellement excitées , vivifiées par l'esprit français qui jamais ne se repose : comme aussi l'esprit français, sans cesse porté à se précipiter en avant, à tenter de nouvelles conquêtes et des découvertes nouvelles , seroit exposé souvent à se tromper de route, et boule verseroit la terre , s'il n'étoit retenu et guidé par la sagesse romaine. Ce que nous disons ici, les faits le prouvent. Depuis qu'il s'est Opéré une sorte de scission entre la France et Rome , celle - ci est demeurée comme privée d'action , et l'action de celle-là, impétueuse et désordonnée, renversant toujours sans édifier jamais , ressemble à l'ouragan qui bruit à travers les ruines qu'il à faites.

Un triste enchaînement de causes dont quelquesunes remontent à plusieurs siècles , ont momentanément affoibli le cathohcisme en France. Ces causes , que nous aurons plus tard occasion de développer, se réduisent à trois principales. Le clergé , pris collectivement , s'étoit séparé de la nation , de ses intérêts , de ses vœux , de ses espérances , de son passé comme de son avenir ; et vendu au pouvoir, favorisant ses usurpations pour se ménager ses faveurs , il en étoit devenu peu à peu Tinstrumeut servile ; et comme le pouvoir, affranchi des anciennes barrières qui le limitoient, s'étoit transformé en un pur despotisme , ainsi que Fénelon le remarquoit avec effroi ,

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