ÉPILOGUE
Des siècles et des siècles avoient passé ; c'étoit sur le soir d'un de ces longs jours qui sont les jours de Dieu (1) ; le soleil, enveloppé d'un linceul de nuages blafards , étoit descendu sous l'horizon , la nuit se faisoit , une atmosphère lourde , étouffante , pesoit sur la terre ; troupeaux fatigués, les peuples gisoient dans ces vastes parcs qu'on appelle empires, royaumes, et de temps en temps soûle voient avec effort leur col meurtri du joug, pour trouver un peu d'air et rafraîchir leur poitrine brûlante : et ces parcs étoient gardés par des gens armés ^ et toute les fois qu'il s'y faisoit le moindre inouvement, on entendoit un cliquetis de chaînes.
Et je regardois cela , et mon âme absorbée dans une profonde stupeur se troubloit en elle-même, lorsqu'une voix : Fils d'Adam, que vois-tu? et comme je ne répondois point ; Tu vois, dit-elle, les nations rachetées par le Christ 1
Et sur une colline escarpée j'aperçus un immense édifice étincelant de mille feux, et je montai, et mes yeux éblouis de la lumière des candélabres réfléchie par l'or, le cristal et les pierres précieuses, découvrirent , sur de hauts sièges couverts de pourpre , des hommes dont le front bave étoit ceint de diadèmes ; et regardant la plaine , ils disoient : Tout ce qui dort
(1) Mille anni anlè oculos tuos, tanquam dies heslerna quaepraBleriit. PS. LXXXIX, 4.