VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET BÉXÉDICTIO APOSTOLIQUE
Nous avons été informé de la misère affreuse dans laquelle ce royaume florissant a été plongé Tannée dernière ; nous avons appris en même temps que cette misère avoit été causée uniquement par les menées des malveillans, qui, dans ces temps malheureux, se sont, sous le prétexte de l'intérêt de la religion , élevés contre la puissance des souverains légitimes, et ont précipité dans un abîme de maux leur patrie, en brisant tous les liens de la soumission légale. Prosterné devant Tautel du Tout-Puissant, nous, son indigne représentant sur la terre, avons versé des larmes abondantes sur les malheurs terribles qui sont venus fondre sur cette partie du troupeau que la Providence a confié à nos soins foibles mais dévoués. Dans l'humilité de notre cœur, nous nous sommes efforcé, par nos prières et nos soupirs, d'apaiser la colère du Père des miséricordes, eu le suppliant de nous envoyer des consolations par la pacification de votre malheureux pays, déchiré par la guerre civile pour s'être révolté contre l'autorité légitime. A cette
(!) Nous n'avons pu nous procurer le lexlc de ce Dref. La traduction qui suit est celle que les journaux ont publiée.
époque, vénérables Frères, nous vous envoyâmes un Bref pour vous faire savoir que vos malheurs avoient gravement affecté notre cœur : nous voulions ainsi vous consoler et vous raffermir dans vos devoirs, afin que vous défendissiez avec un zèle infatigable la vraie doctrine, et exhortassiez le clergé et les fidèles à la soutenir.
Nous avons appris que des obstacles résultant des circonstances avoient empêché que ce Bref ne vous parvînt. Maintenant , qu'avec la grâce de Dieu , la tranquillité et l'ordre sont rétabhs, nous vous ouvrons de nouveau notre cœur, et nous vous exhortons encore plus vivement à faire tous vos efforts pour détourner du troupeau qui vous est confié les causes des malheurs passés. Le devoir vous oblige à veiller avec le plus grand soin à ce que des hommes malintentionnés, des propagateurs de fausses doctrines ne répandent pas parmi vos troupeaux le germe de théories corruptrices et mensongères. Ces hommes, prétextant leur zèle pour le bien public, abusent de la crédulité des gens de bonne foi, qui, dans leur aveuglement, leur servent d'instrumens pour troubler la paix du royaume , et y renverser l'ordre établi. Il convient que, pour l'avantage et l'honneur des disciples de Jésus-Christ, la perfidie et la méchanceté de pareils prophètes de mensonge soient mises dans leur jour. Il convient de réfuter leurs principes trompeurs par la parole immuable de l'Écriture, et par les monumens authentiques de la tradition de l'Égfise. Ces sources pures , auxquelles le clergé catholique doit
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puiser les principes de ses actions et de renseignement qu'il doit aux fidèles, font voir clairement que la soumission au pouvoir institué par Dieu, est un principe immuable , et que l'on ne peut s'y soustraire qu'autant que ce pouvoir violeroit les lois divines et de l'Église.
« Que tout homme , dit l'apôtre , soit soumis à la » puissance établie; car il n'y a point de puissance qui » ne vienne de Dieu. Or les puissances existantes )) sont instituées par Dieu. Ainsi, quiconque leur ré- » siste, résiste à Dieu. Ainsi, il faut se soumettre, » non seulement pour éviter la colère de Dieu, mais » aussi à cause de la conscience » (Ep. de S. Paul aux Romains, xiii). L'apôtre saint Pierre dit aussi: (( Soyez soumis à tout pouvoir humain, pour l'amour » de Dieu, au prince comme chef suprême, aux chefs » comme étant ses délégués. Tel est l'ordre que Dieu » donne, pour rendre muette l'ignorance des hommes » imprudens » (I. Épitre. ii. 13-15). Les chrétiens de la primitive Église étoient tellement fidèles à ces principes, qu'ils obéissoient aux empereurs romains , même au milieu des terreurs de la persécution , et travailloient ainsi à la gloire de l'empire. Comme J.-C. ils ne reconnoissoient d'autre souverain que celui du ciel ; ils ne confondoient point le Souverain éternel avec le souverain temporel, et obéissoient au dernier par amour du premier. Les saints Pères ont toujours enseigné cette doctrine, et c'est aussi celle de l'Église catholique. Ces princes ont guidé les premiers chrétiens ; et leurs légions ne se souilloient jamais par \^
trahison, qui étoit si commune parmi les troupes païennes. Écoutons ce que dit Tertullien : « On nous » calomnie auprès de l'empereur; cependant les chré- » tiens n'ont jamais été les partisans d'Albin , de » Niger ou de Cassius. Il n'y a eu d'infidèles que » ceux qui, la veille, a voient juré fidélité devant les » dieux du paganisme, et leur avoient offert des sa- » crifices au lieu de prières pour le salut de Tempe- » reur. Le chrétien ne peut jamais être ennemi. Non » seulement nous ne sommes pas les ennemis de l'em- » pereur , mais nous savons en outre qu'il est établi » par Dieu, et que nous sommes obligés de le chérir, » de l'honorer et de désirer son bien-être. » En rappelant ces principes, vénérables Frères, nous ne supposons pas qu'ils vous soient inconnus , et nous sommes convaincus que vous les propagerez avec zèle ; mais nous désirons que ce Bref vous serve de preuves de nos intentions à votre égard, et de notre ardent désir que le clergé de votre royaume se distingue autant par la pureté de sa doctrine que par une conduite exemplaire, afin que vous soyez exempts de blâme à tous les yeux. Votre magnanime empereur vous accueillera avec bonté, et entendra nos représentations et nos prières dans l'intérêt de la religion catholique qu'il a toujours promis de protéger dans ce royaume. Certainement les gens raisonnables vous loueront, et vos ennemis seront forcés à garder le silence.
Dans cette attente, et levant les mains au ciel, nous prions le Dieu tout-puissant de vous enrichir de
ses bienfaits célestes, et nous vous exhortons à faire notre joie en vous pénétrant d'un seul sentiment, d'un seul esprit et d'une même concorde. Propagez les bonnes doctrines, veillez au dépôt qui vous est confié, et priez Dieu ! Pour gage de notre sollicitude, nous vous donnons notre bénédiction, ainsi qu'au troupeau confié à vos soins.
Donné à Rome , près l'église de Saint-Pierre, le., juillet 1832, la seconde année de notre pontificat.
SANCTISSIMI DOMINl NOSTRI