TOME
322 PIÈCES JUSTIFrCATIVES.
Vexalur acerrimè Romaiia hœc noslra bealissimi Pctri Sedes , in qua posuit Christus Ecclesiae firmamentum; et vincula unitatis in dies raagis labefactantur, abrumpuntur. Divina Ecclesiae auctoritas oppugnatur, ipsiusque juribus convulsis, substernitur ipsa terrenis rationibus, ac per siimmam injuriam odio populorum subjicitur , in turpem redacta servitutem. Débita Episcopis obedientia infringitur , eorumque jura conculcantur. Personant horrendum in modum academiaé ac gymnasia novis opinionum monstris, quibus non occulte ampliùs et cuniculis petitur catholica fides, sed horrificum ac îiefarium ei bellum apertè jam et propalam infertur. Institutis enim exemploque praeceptorum, corruptis adolescentium animis, ingens religionis clades , morumque perversitas teterrima percrebuit. Hinc porro freno religionis sanctissimae projecto, per quam unam régna consistunt, doniinatûsque Yis ac robur firmatur, conspicimus ôrdinis publici exitum, labem principatûs , omnisque legitimaB potestatis conversionem invalescere. Quae quidem tanta calamitatum congeries ex illarum in primis conspiratione societatum est repetenda, in quas quidquid in baeresibus et in sceleratissimis quibusque sectis sacrilegum , flagitiosum , ac blasphemum est , quasi in sentinam quamdam , cum omnium sordium concretione confluxit.
Hsec , venerabiles Fratres, et alia complura, et fortassis etiam graviora^ quœ in praesens percensere
P^ËG^i^S JUSTIIIGATIYES. 323
d'iniquité. Cette chaire du bienheureux Pierre , où nous sommes assis , et où Jésus-Christ a posé le fondement de son Eglise , est violemment agitée , et les liens de l'unité s'affoiblissent et se rompent de jour en jour. La divine autorité de l'Eglise est attaquée, ses droits sont anéantis ; elle est soumise à des considéralions terrestres, et réduite à une honteuse servitude; elle est Uvrée, par une profonde injustice, à la haine des peuples. L'obéissance due aux évêques est enfreinte, et leurs droits sont foulés aux pieds. Les académies et les gymnases retentissent horriblement d'opinions nouvelles et monstrueuses, qui ne sapent plus la foi catholique en secret et par des détours , mais qui lui font ouvertement une guerre puMique et criminelle : car, quand la jeunesse est corrompue par les maximes et par les exemples de ses maîtres , le désastre de la religion est tien plus grand, et la perversité des mœurs devient plus profonde. Ainsi, lorsqu'on a secoué le frein de la religion par laquelle seule les royaumes subsistent et l'autorité se fortifie , nous voyons s'avancer progressivement la ruine de l'ordre public, la chute des princes , le renversement de toute puissance légitime. Cet amas de calamités vient surtout de la conspiration de ces sociétés , dans lesquelles tout ce qu'il y a eu, dans les hérésies et dans les sectes , les plus criminelles , de sacrilège , de honteux et de blasphématoire, s'est écoulé, comme dans un cloaque , avec le mélange de toutes les ordures.
Ces maux , vénérables Frères , et beaucoup d'autres et de plus fâcheux encore peut-être , qu'il seroit
longiim esset, ac vos probe nostis, in dolore esse nos jubent , acerbo sanè ac diuturno , quos in Cathedra principis apostolorura constitutos zelus universae domûs Dei comedat prae caeteris, opus est. Verum cum eo nos loci positos esse agnoscamus, quo deplorare dumtaxat innumera haec mala non sufficiat, nisi et ea convellere pro viribus connitamur; ad opem fidei vestrae confugimus, yestramque pro catholici gregis sainte sollieitudinem advocamus, venerabiles Fratres, quorum spectata virtus ac religio et singularis prudentia et sedula assiduitas animos nobis addit> atque in tanta rerum asperitate afïlictos consolatione sustentât perjucundâ. Nostrarum quippe est partiura , vocem tollere, omniaque conari, ne aper de siha demoliatur yineam , neve lupi mactent gregem : nostruni est, oves in ea dumtaxat pabula compeîlere, quae salutaria iisdem sint, née vel tenui suspicione perniciosa. Absit , Charissimi, absit, ut, quando tanta premant mala, tanta impendeant discrimina, suo desint muneri pastores , et perculsi metu dimittant oves, vel, abjectâ cura gregis, otio torpeant ac desidiâ. Agamus idcirco in unitate spiritûs communem nostram, seu verius Dei causam, et contra communes hostes pro totius populi salule una omnium sit vigilantia, una contentio.
trop long d'énumerer aujourd'hui, et que vous connoissez très bien, nous jettent dans une douleur longue et amère, nous que le zèle de toute la maison de Dieu doit particulièrement dévorer, placé que nous sommes sur la chaire du prince des apôtres. Mais comme nous reconnoissons que dans cette situation il ne suffit pas de déplorer des maux si nombreux, mais que nous devons nous efforcer de les arracher autant qu'il est en nous, nous recourons à votre foi comme aune aide salutaire , et nous en appelons à votre sollicitude pour le salut du troupeau catholique, vénérables Frères, dontla vertu et la religion éprouvées, la prudence singulière et la vigilance assidue nous donnent un nouvenu courage et nous soutiennent, nous consolent et nous récréent au milieu de circonstances si dures et si affligeantes. Car il est de notre devoir d'élever la voix et de tout tenter pour que le sanglier sorti de la forêt ne ravage pas la vigne, et pour que les loups n'immolent pas le troupeau. C'est à nous à ne conduire les brebis que dans des pâturages qui leur soient salutaires, et qui soient à l'abri de tout soupçon de danger. A Dieu ne plaise, nos très chers Frères, qu'accablés de tant de maux, et menacés de tant de périls , les pasteurs manquent à leur charge, et que, frappés de crainte, ils abandonnent le soin des brebis, ou s'endorment dans un lâche repos! Défendons donc, dans l'unité du même esprit , notre cause commune , ou plutôt la cause de Dieu, et réunissons notre vigilance et nos efforts contre l'ennemi commun pour le salut de tout le peuple.
Id porro apprime praestabitis, si, quod vestri muneris ratio postulat, attendatis vobis, et doctrine, illud assidue revolventes animo, umversalem Ecclesiam quâcumque novilale pulsari (\) , atque ex S. Agathonis pontificis monitu (2) mhildeuSj, quœ sunt regulariler definila ^ minui dehere ^ nihil mutari, nihil adjici y sed ea et verh's et sensibus illibata esse custodïenda. Immota inde consistet firmitas unitatis , quœ liâc B. Pétri Cathedra suo veluti fundamento continetur , ut unde in Ecclesias omnes yenerandae communiouis jura dimanant^ ibi um'versis et murus sit^ et securûasj et portus expers fluctuum^ et honorum thésaurus innumerabilium (3). Ad eorum itaque retundendam audaciam, qui vel jura sanctae hujus Sedis infringere conantur, vel dirimere Ecclesiarum cum ipsa conjunctionem, quâ unâ eaedem nituntur et vigent , maximum fidei in eam ac venerationis sincerae studium inculcate, inclamantes cum S. Cypriano (4), falsb confidere se esse in Ecdesia ^ qui Cathedram Petn deserat, super quam fundata est Ecclesia,
In hoc ideo eîaborandum vobis est, assidueque vigilandum, ut fidei depositum custodiatur in tan ta hominum impiorum consp Jratione , quam ad illud diripiendum perdendumque factam lamentamur. Memi-
(1) s. Cœlest. PP. £p. XXI, adEpisc. Galliar.
(2) S. Agath. PP. Ep. ad Imp. apud Labb. tom. XI, pag. 235 edil. Mansi.
(3) S. Innocent. PP. Ep. XI, apud Constant.
(4) S. Cypr. de unitate Eccles.
Vous remplirez ce devoir, si , comme le demande votre office , vous veillez sur vous et §ur la doctrine ^ vous rappelant sans cesse que V Eglise universelle est ébranlée par quelque nouveauté que ce soit y et que , suivant l'avis du pape saint Agathon , rien de ce qui a été défini ne doit être retranché^ ou changé ou ajouté j, mais qu'// faut le conserver pur et pour le sens et pour l'expression. Qu'elle soit donc ferme et inébranlable, cette unité qui réside dans la chaire du bienheureux Pierre comme sur son fondement ; afin que là même d'où découlent pour toutes les églises les avantages d'une communion précieuse, se irouYeni pour tous un rempart j, un refuge assuré ^ un port à f abri des orages j, et un trésor de biens sans nombre. Ainsi , pour réprimer l'audace de ceux qui s'efforcent d'enfreindre les droits du Saint-Siège ou de rompre l'union des éghses avec ce Siège , union qui seule les soutient et leur donne la vie , inculquez un grand zèle , une confiance et une vénération sincères pour cette chaire éminente , vous écriant avec saint Cyprien , que celui-là se flatte faussement d'être dans r Eglise ^ qui abandonne la chaire de Pierre sur laquelle r Eglise est fondée.
Vous devez donc travailler et veiller sans cesse à conserver le dépôt de la foi au milieu de cette conspiration d'impies que nous voyons avec douleur avoir pour objet de le ravager et de le perdre. Que tous se souviennent que le jugement sur la saine doctrine dont les peuples doivent être instruits, et le gouvernement de toute l'Éghse, appartiennent au Pontife romain , à qui la pleine puissance de paître ^ de régir et
nerint onmes, judicium de sana doctrina, quâ populi irnbuendi sunt , atque Ecclesiae universae regimen et administrationem pênes Romanum Pontificem esse , mi plena pascendi, regendi^ et guhernandi universalem Ecclesïam poteslas à Chrùto Domino tradita fuit y uti Patres Florentini concilii diserte declararunt (1). Est autem singulorum Episcoporum Cathedrœ Pétri fidelissimè adhaerere, depositum sanctè religiosèque custodire,et pascere, qui in eis est, gregem Dei. Presbyteri verô subjecti sint, oportet, Episcopis, quos uti animœ parentes suscipiendos ah ipsis esse^ monet Hieronymus (2) ; nec unquam obliviscantur, se yetustis etiam canonibus vetari, quidpiam in susceptô ministerio agere, ac docendi et concionandi munus sibi sumere sine sente^itia Episcopi; cujus fideipopulus est creditus j et à que pro animahus ratio exigetur (3). Certum denique firmumque sit , eos omnes , qui adversus praestitutum hune ordinem aliquid moliantur, statum EcclesiaB , quantum in ipsis est , perturbare.
Nefasporrô esset, atque ab eo venerationis studio prorsus alienum , quâ Ecclesiae leges sunt excipiendae, sancitam ab ipsa disciplinam , quâ et sacrorum procuratio, et morum norma, et jurium Ecclesiae, ministrorumque ejus ratio continetur, vesanâ opinandi libidine improbari; vel ut certis juris naturae principiis infestam notari, vel mancam dici atque imperfectam , civilique auctoritati subjectam.
(1) Conc. Flor. sess. XXV, in définit. apudLabb. t. XVIII, col. 528, edit. Venet.
(2) S. Hieron. Ep. II ad JVepot.ai. i, 24.
(a) ExCan. ^p. XXXVIII, apud Labb. tora. 1, pag. 38, edit. Maii&î.
de gouverner V Eglise universelle a été donnée par Jésus- Christ , comme l'ont expressément déclaré les Pères du concile de Florence. C'est le devoir de chaque évêque de s'attacher fidèlement à la chaire de Pierre , de conserver religieusement le dépôt, et de gouverner le troupeau qui lui est confié. C'est un devoir pour les prêtres d'être soumis aux évêques, que saint Jérôme les avertit de considérer comme les pères de leur âme; et ils ne doivent jamais oublier que les anciens canons leur défendent de faire rien dans le ministère, et de s'attribuer le pouvoir d'enseigner et de prêcher, sans la permission de Tévêque^ à la foi duquel le peuph est confié j et auquel on demandera compte des âmes. Qu'il demeure donc constant que tous ceux qui trament quelque chose contre cet ordre établi, troublent autant qu'il est en eux l'état de l'Eglise.
Ce seroit sans doute une chose coupable et tout-àfait contraire au respect avec lequel on doit recevoir les lois de l'Eglise , que d'improuver par un dérèglement insensé d'opinions la discipline étabhe par elle , et qui renferme l'administration des choses saintes, la règle des mœurs , et les droits de l'Église et de ses ministres; ou bien de signaler cette discipline comme opposée aux principes certains du droit de la nature, ou de la présenter comme défectueuse , imparfaite ^ et soumise à l'autorité civile.
Çùna autem, ut Tridentinorum Patrum verbis utamur, constet , Ecclesiam erudttam fuisse à Chrtsto JE SU y ejusque apostolù^ atque à Spirùu sancto illi omnem verùatem in dies suggerenle edoceriiX), absurdum plané est , ac maxime in eam injuriosum , reslauralionem ac regenerationem quamdam obtrudi, quasi necessariam^ ut ejus incolumitati et incremento consulatur, perinde ac si censeri ipsa possit vel defectui , vel obscurationi , vel aliis bujuscemodi incommodis obnoxia; quo quidem molimine eo spectantnovatores, ut, recenlîs humanœ instùutionis jacianliir fundamenta^ illudque ipsum eveniat , quod detestatur Cyprianus , ut, quae divina res est, humana fiât Ecclesia (2). Perpendant ver6 , qui consilia id genus macbinantur, uni Romano Pontifici^ ex S. Leonis testimouio , canonum dispensationem esse credilam^ ipsiusque dumtaxat esse , non ver6 privati hominis , de paternarum regulis sanctionum quidpiam decernere , atque ita , quemadmodum scribit S. Gelasius (3), décréta çanonum lihrarey decessorumque prœcepta meiin\ ut quœ nécessitas temporum restaurandis Ecclesiis relaxanda deposcity adhibitâ consideratione diligenti , temperentur.
Hic autem vestram volumus excitatam pro religione constantiam adversùs fœdissimam in clericalem ccelibatum conjurationem , quam nostis effervescere
* (1) Conc. Trid. sess. XIII, decr. de Eucharist. in prœm. (2) S. Cypr. Ep. LU, edit. Baliiz.
(3> S. Gelasius PP. in Ep. ad Episcop. Lucaniœ.
PIÈGES JUSTIIICATiVi:S. 331
Comme il est constant , pour nous servir des paroles des Pères de Trente, que l'Église a été imtruzle par Jésus-Christ et ses apôtres, et quelle est enseignée j^ar f Esprit saint qui lui suggère incessamment toute xiérité, il est tout-à-fait absurde et souverainement injurieux pour elle, que l'on mette eu avant une certaine res-r tauration et régénération comme nécessaire pour pourvoir à sa conservation et à son accroissement; comme si elle pouvoit être censée exposée à la défaillance ^ à l'obscurcissement, ou à d'autres inconvéniens de c^tte nature. Le but des novateurs , en cela, est àe jeter les fondemens d'une institution humaine récente, et de/faire, ce que saint Cyprien avoit en horreur, que l'Eglise, qui est divine , devienne tout humaine. Que ceux qui forment de tels desseins considèrent bien que c'est au seul Pontife romain^ suivant le témoignage de saint Léon, que la dispensation des canons a été confiée^ et qu'il lui appartient à lui seul, et non à un particulier , de prononcer sur les règles anciennes, el ainsi, comme l'écrit saint Gélase , de peser les décrets des canons , et d'apprécier les réglemens de ses prédécesseurs y pour tempérer y après un examen convenable^ ceux auxquels la nécessité du temps et l'intérêt des églises demandent quelques adoucissemens.
Nous voulons ici exciter votre zèle pour la religion contre une ligue honteuse formée à l'égard du célibat ecclésiastique , hgue que vous savez s'agiter et s'étendre de plus en plus ; quelques ecclésiastiques joignant pour cela leurs efforts à ceux des philosophes corrompus de notre siècle , oubliant leur caractère et
in dies latius, connitentibus cum perditissimis nostri œvi philosophis nonnullis etiam ex ipso ecclesiastico ordine, qui personœ obliti, munerisque sui, ac blanditiis abrepti voluptatum, eo licentiae proruperunt, ut publicas etiam atque iteratas aliquibus in locis ausi sint adhibere principibus postulationes ad disciplinam illam sanctissimam perfringendam. Sed piget de turpissimis hisce conatibus longo vos sermone distinere, vestrae(^ue'potius religioni fidentes committimus, ut legem maximi momenti, in quam lascivientium tela undique sunt intenta, sartam tectam custodiri, vindicari, defendi, ex sacrorum canonum praescripto, omni ope contendatis.
Honorabile deinde christianorum connubium, quod sacramentum magnum nuncupavit Paulus m Chrislo et Eccle8ia{\), communes nostras curas efflagitat, ne quid adversiis ipsius sanctitatem, ac de indissolubili ejusdem vinculo minus rectè sentiatur, vel tentetur, induci. Impensë id jam commendarât suis ad vos litteris felicis recordationis praBdecessor noster Pius VIII ; adhuc tamen infesta eidem molimina succrescunt. Docendi itaque sunt sedulô populi, matrimonium semel rite initum dirimi ampliùs non posse, nexisque connubio Deum indidisse perpetuam vitae societatem , nodumque necessitudinis, qui exsolvi, nisi morte, non possit. Memores sacris illud rébus adnumerari, et Ecclesiae proinde subjici, prœstitutas de ipso ejusdem Ecclesiae leges habeant ob oculos, iisque pareant sanctè, accurateque, ex quarum executione
(1) Ad Hebr. XIII , 4.
leurs devoirs, et se laissant entraîner par l'appât des voluptés jusqu'à ce point de licence, qu'ils ont osé en quelques lieux adresser aux princes des prières publiques réitérées pour anéantir cette sainte discipline. Mais il nous est pénible de vous entretenir long-temps de ces honteuses tentatives, et nous nous confions plutôt sur votre religion pour vous charger de conserver, de venger, de défendre de toutes vos forces, suivant les règles des saints canons, une loi si importante, et sur laquelle les traits des libertins sont dirigés de toutes parts.
L'union honorable des chrétiens, que saint Paul appelle un grand sacrement en Jésus-Christ et dans VÊglisey demande nos soins communs pour empêcher qu'on ne porte atteinte, par des opinions peu exactes, ou par des efforts et des actes, à la sainteté et à l'indissolubilité du lien conjugal. Pie VIII, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, vous l'avoit déjà instamment recommandé dans ses lettres; mais les mêmes trames funestes se renouvellent. Les peuples doivent donc être instruits avec soin, que le mariage une fois contracté suivant les règles ne peut plus être rompu , que Dieu oblige ceux qui sont ainsi unis à l'être toujours, et que ce lien ne peut être brisé que par la mort. Qu'ils se souviennent que le mariage faisant partie des choses saintes, est soumis par conséquent à l'Église ; qu'ils aient devant les yeux les lois faites par l'Eglise sur cette matière, et qu'ils obéissent reli-
omninopendet ejusdem connubii via^ robur, ac justa consociatio. Caveant, ne quod sacrorum canonum placitis, conciliorumque decretis officiât, uUaratione admittant, probe gnari, exitus iiifelices illa habitura esse conjugia quae vel adversùs Ecclesiae disciplinam, vel non propitiato prius Deo , vel solo aestu libidinis jimgantur, quin de sacramento, ac de mysteriis, quae illo significantur, uUa teneat sponsos cogitatio.
Alteram nunc persequimur causam malorum tiberrimam, quibus afflictari in praesens comploramus Ecclesiam , indifferentismum scilicet , seu pravam illam opinionem, quae improborum fraude ex omni parte percrebuit, quâlibet fidei professione aeternam posse animae salutem comparari, si mores ad recfi honestique normam exigantur. At facili sanè negolio in re perspicua, pîaneque evidenti, errorem exitiosissimum à populis vestrae cur^ concreditis propelletis. Admonente enim apostolo(l), unumesseDeum^, unam fideniy unum haplisma^ extimescant, qui è religione quâlibet patere ad portum beatitudinis aditum comminiscuntur, reputentque animo ex ipsius Servatoris testimonio , esse se contra Christum , quia cum Chris to non sunt (2), seque infeliciter dispergere , quia cum ipso non colligunt , ideoque ahsqueduhio œternum esse periluroSy nisi leneanl calholicam fidem^ eamque integram^ mviolatamqiie servavermt (3). Hieronymum audiant,
(1) AdEphes. IV, 5.
(2) Luc. XI, 23.
(3) Sym}). S. Alhanas.
gieusement et exactement à celles de l'exécution desquelles dépendent la force et la vertu de l'alliance conjugale. Qu'ils prennent garde d'admettre sous aucun rapport rien de contraire aux ordonnances des saints canons et aux décrets des conciles , et qu'ils se persuadent bien que les mariages ont une issue malheureuse quand ils sont formés contre la discipline de l'Église, ou sans avoir invoqué Dieu, ou par la seule ardeur des passions, sans que les époux aient songé au sacrement et aux mystères qu'il signifie.
Nous arrivons maintenant à une autre cause des maux dont nous gémissons de voir l'Église affligée en ce moment, savoir, à cet mdifféreniùme ou cette opinion perverse qui s'est répandue de tout côté par les artifices des médians, et d'après laquelle on pourroit acquérir le salut éternel par quelque profession de foi que ce soit, pourvu que les mœurs soient droites et honnêtes. Il ne vous sera pas difficile, dans une matière si claire et si évidente , de repousser une erreur aussi fatale du milieu des peuples confiés à vos soins. Puisque l'apôtre nous avertit qu'i7 ny a quun Dieu, une foi, un baptême, ceux-là doivent craindre qui s'imaginent que toute religion offre les moyens d'arriver au bonheur éternel, et ils doivent comprendre que, d'après le témoignage du Sauveur même, ils sont contre le Christ^ puisqu'ils ne sont point avec lui^ et qu'ils dissipent malheureusement, puisqu'ils ne recueillent point avec lui; et par conséquent qu'«7 est hors de doute qiiils périront éternellement , s'ils ne tiennent la foi catholique, et s'ils ne la gardent entière et in-
qui, cùm in très partes schismate scissa esset Ecclesia, narrât, se tenacem propositi, quando aliquis rapere ipsum ad se nitebatur, constanter clamitasse : Si qm's Calhedrœ Pétri jungitur^ meus est (i). Falsô autem sibi quis blandiretur, quod et ipse in aqua sit regeneratus. Opportune enim responderet Augustinus (2): Ipsam formam hahet etiam sarmentiim^ quod prœcisum est de vite: sed quid ilU prodest forma y sinon vivit de radice?
\>Àtque ex hoc putidissimo indifferentismi fonte absurda illa fluit ac erronea sententia, seu potiùs deliramentum, asserendam esse ac vindicandam cuilibet liber tatem conscientiœ. Cui quidem pestilentissimo errori viam sternit plena illa, atque immoderata libertas opinionum, quœ in sacrœ et civilis rei labem latè grassatur, dictantibus per summam impudentiam nonnuUis, aliquid ex ea commodi in religionem promanare. At quœ pejor mors animœ, quam liber tas erroris? inquiebat Augustinus (S). Freno quippe omni adempto, quo homines contineantur in semitis veritatis, proruente jam in praeceps ipsorum natura ad malum inclinata, verè apertum dicimus puteum abyssi (4), è quo \idit Joannes ascendere fumum, quo obscuratus €st sol, locustis ex eo prodeuntibus in vastitatem
(1) s. Hier. Ep. LVIII.
(2) s. Aug. in Psal. contra part. Donat.
(3) S. Aug. Ep. CLXVI.
(4) ^poc. IX, 3.
vïolahle. Qu'ils écoutent saint Jérôme, qui, dans un temps où l'Église étoit partagée en trois par un schisme y raconte que , fidèle à ses principes , il avoit constamment répondu à ceux qui cherchoient à l'attirer à leur parti: Siquelqiiun est uni à la chaire de Pierre^ je suis avec lui. Ce seroit à tort que quelqu'un se rassureroit, parce qu'il a été régénéré dans les eaux du baptême ; car saint Augustin lui répondroit à propos : Un sarment coupé à la vigne conserve encore la même forme; mais à quoi lui sert cette forme ^ s'il ne vit point de sa racine?
De cette source infecte de Vindifférentisme découle cette maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire, qu'il faut assurer et garantir à qui que ce soit la liberté de conscience. On prépare la voie à cette pernicieuse erreur par la liberté d'opinions pleine et sans bornes qui se répand au loin pour le malheur de la société religieuse et civile, quelques-uns répétant avec une extrême impudence qu'il en résulte quelque avantage pour la rehgion. Mais, disoit saint Augustin, g^m* peut mieux donner la mort à l'âme que la liberté de l'erreur? En effet, tout frein étant ôté qui pût retenir les hommes dans les sentiers de la vérité, leur nature inclinée au mal tombe dans un précipice ,• et nous pouvons dire avec vérité que le puits de fabîme est ouvert, ce puits d'où saint Jean vit monter une fumée qui obscurcit le soleil, et sortir des sauterelles qui ravagèrent la terre. De là le changement des esprits, une corruption plus profonde de la jeunesse, le mépris des choses saintes et des lois les plus respectables ré-