‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 3)Chapitre 7 sur 50 · IV · texte numérisé non relu

IV

DU SYSTÈME ADOPTÉ CONTRE l'ÉGLISE PAR LE GOU- VERNEMENT SORTI DE LA RÉVOLUTION DE 1830.

La révolution de 1 830 avoit été faite autant contre l'Église que contre la Couronne, et il étoit impossible qu'il en fut autrement , à cause de leur intime alliance. Le gouvernement sorti de cette révolution devoit donc être hostile à l'Église; mais il n'avoit le choix, comme nous l'avons dit, qu'entre une persécution ouverte et un asservissement progressif et complet. Il choisit le dernier mode comme moins hasardeux , et parce qu'il vouloit en toutes choses conserver au moins les apparences de l'ordre antérieur. On sait que telle a été sa politique.

Cependant des actes de violence nombreux furent commis contre la religion sur presque tous les points du pays avec la tolérance du gouvernement; trop foi-

ble pour les réprimer, il y voyoit d'ailleurs un double avantage, celui de livrer une proie au parti exalté de la révolution, et de rendre le clergé plus docile à ses vœux en lui faisant sentir le besoin d'être protégé. Ces actes de violence achevèrent la démonstration d'une vérité capitale, c'est que la religion n'étoit pas haïe pour elle-même, mais pour son alliance avec le pouvoir. D'un bout de la France à l'autre, presque sans aucune exception, les sacrilèges eurent le caractère de représailles politiques. Ainsi le palais archiépiscopal de Paris fut saccagé parce qu'on avoit cru voir dans un des derniers raandem«ns de l'archevêque des allusions aux coups d'État. Ainsi l'Église de Saint-Germain-l'Auxerrois fut dévastée parce qu'après un service pour l'âme du duc de Berry, un jeune homme imprudent suspendit au catafalque l'image du duc de Bordeaux. Ainsi les croix de Mission, plantées dans les derniers temps, furent abattues parce qu'elles portoient aux extrémités des fleurs-de-lys, et que les missionnaires avoient mêlé souvent à leurs prédications des objets de pure politique ; tandis que la croix ancienne , la croix sans emblèmes étrangers ne fut l'objet d'aucune insulte. Partout où l'on ne trouva que la religion, la religion fut respectée. Elle le fut, non seulement du peuple pris en masse, mais des hommes de parti les plus exagérés. Le gouvernement l'attaqua seul par des m'oyens hypocrites dont il avoit fait choix, et qui se rapportoient aux trois branches principales de la religion, la hiérarchie, l'enseignement et le culte.

HIERARCHIK.

Le concordat de 1801 avoit donné au gouvernement le droit de présenter les évêques au Saint-Siège, et beaucoup d'autres droits qui n'avoient été consentis, selon qu'il étoit exposé au préambule, que parce que les consuls faisoient profession de la religion calJioliqm. A l'égard de la nomination des évêques, il étoit même stipulé que si les consuls ou leurs successeurs cessoient de faire profession de la religion calJioUque, un nouveau concordat règleroit le mode de nomination aux évêchés. Ce cas venoit d'échoir par la révolu-

. tion. Un de ses principes fondamentaux étoit et est encore celui-ci : // n y a plus de religion de V Etat ; en d'autres termes : TJ Etat ne professe aucune religion. En effet, au lieu que Buonaparte et tous ses successeurs assistoient publiquement aux cérémonies catholiques, on vit pour la première fois le chef de la nation renoncer au sacre des rois et ne donner aucun signe extérieur de «atholicisme, en quelque circonstance que ce fût. Et ce n'étoit pas, comme il est nécessaire de le remarquer, par impiété personnelle, mais pour se conformer à l'opinion puMique, pour se montrer conséquent au nouvel ordre créé par la révolution. Dès lors le droit de présenter les évêques n'appartenoit plus au gouvernement, et l'on conçoit en effet le danger de

^ laissera des ministres déistes, protestans, juifs, incrédules, le soin de choisir les successeurs des apôtres de Jésus-Christ.

Néanmoins le goiiYei nement nomma des cvêques. Ses premiers choix épouvantèrent les catholiques- C'étoitàB... M. l'ahhé G..., dont la conduite schismatique, dans l'affaire de M. l'abbé Gr..,, dispensa bientôt les fidèles et le clergé de justifier leurs craintes. C'étoit à D. .. M. l'abbé R..., dont le peuple disoit publiquement dans les rues d'A. . . : {(Il ne sera point sacré, » car il est exécrable. » C'étoit à M. A. . . l'abbé d'îi. . . , vieillard décrié par sa conduite sous l'Empire, comme recteur de l'académie de Limoges qu'il avoit peuplée de prêtres mariés, affaissé d'ailleurs par les années, et qui s'étoit démis des fonctions de grand-vicaire qu'il exerçoit, par impuissance de les rempUr.

Le gouvernement ne se contentoit pas de vouloir introduire ses créatures dans l'épiscopat, il cherchoit à s'emparer de la hiérarchie inférieure en refusant d'autoriser le choix des évèques pour les cures vacantes, jusqu'à ce qu'ils eussent appelé des pré très recommandés au ministère des cultes par l'administration civile des lieux, et quelquefois en y nommant lui-même, comme dans le diocèse de Nîmes. Le curé ne devoit plus être l'envoyé de l'évêqae vers une portion du troupeau, mais l'homme du préfet, du procureur-général, du maire ou du député. On a vu une paroisse privée de pasteur pendant plusieurs mois, parce que le ministère opposoit au candidat de l'évêque un candidat présenté par un colonel ; on a vu un ecclésiastique devenir curé d'une autre paroisse , sur la recommandation d'un maire protestant. Et comme la nomination des chanoines et vicaires-généraux dépendoit aussi du gouver-

nement, par la nécessité de Tautorisation préalable, il s'ensuit que toute la hiérarchie tomboit directement ou indirectement dans les mains du pouvoir, c'est-à-dire dans les mains d'hommes ennemis de l'Église, et qui, après avoir rêvé sa ruine toute leur vie, se trouvoient tout-à-coup maître de lui donner de mauvais pasteurs, en quelque nombre qu'ils voudroient.

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