TOME 2. a
If PRÉFACE.
s'ils connoissoient leur force , s'ils avoient foi dans la puissance que Dieu leur a donnée.
Mais, au contraire, ils se croient plus foibles que toutes les erreurs , plus foibles que toutes les passions. Ils ont des désirs, et point de volonté. Irrésolu, craintif, le pouvoir demande grâce, comme s'il ignoroit que le peuple ne l'accorde jamais. La royauté descend de peur d'être précipitée , et on la voit partout occupée d'écrire son testament de mort. Hélas! elle auroit pu s'épargner ce dernier soin; elle n'a pas d'espérances à léguer.
On s'est imaginé de nos jours que l'art de gouverner consistoit à tenir le milieu entre le bien et le mal , à négocier sans cesse avec les opinions, et à composer avec le désordre. Dès lors plus de principes certains , plus de maximes ni de lois fixes ; et comme il n'y a rien de stable dans les institutions, irn'y a rien d'arrêté dans les pensées. Tout est vrai, et tout est faux. La raison publique , fondement et règle de la raison individuelle, est détruite. Qui pourroit dire quelles sont les doctrines des gouvernemens, quelles sont les croyances des
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peuples? On n'aperçoit qu'un chaos d'idées inconciliables ; et dans les peuples une violence ^ et dans les souverains une foiblesse, présage d'un sinistre avenir.
Tantôt la nécessité de la religion se fait sentir, et l'on protège la religion; tantôt on s'effraie des cris de fureur que poussent ses ennemis j et Ton se hâte de la bannir des lois, et de désavouer Dieu comme un allié dont on rougiroit. Si l'État déclare qu'il est catholique, les tribunaux décident qu'il est athée. Que croire au milieu de ces contradictions? quel effet doivent-elles produire sur le peuple? Les bons sont ébranlés: les méchans, avertis de leur force, se flattent d'un triomphe complet; ils redoublent d'audace et d'activité. N'est-ce pas là ce que nous voyons? Une nouvelle société se constitue secrètement au sein de l'ancienne , et deviendra bientôt peut-être la société publique. Le mal régnera : on a douté de l'ordre, on aura foi dans le crime. Ceci n'est point exagéré , l'expérience ne le prouve que trop. Quand les esprits sont dans le vague, ils s'inquiètent; dans leurs ténèbres et dans