‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 4)Chapitre 17 sur 89 · PRÉFACE. XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXV

» de la morale (1). » N'est-ce pas comme s'il disoit : « Croyez ce que vous voudrez, pourvu » que vous agissiez bien; » ou, en d'autres termes : « La foi est indifférente, la morale » seule ne l'est pas? »

Il est étrange qu'il faille expliquer des choses si claires, et définir des mots dont le sens étoit nettement fixé il y a plus de cent cinquante ans. Sous Louis XIV, les écrivains catholiques et protestans, Bossuet, Jurieu, parloient de l'indifférence des religions, et apparemment ils s'entendoient. Alors, comme aujourd'hui , il y avoit des hommes engagés par système à soutenir que toutes les religions sont indifférentes^ ou que chacun peut se sauver dans la sienne. Il y en avoit d'autres qui, transportant cette monstrueuse erreur dans le sein même du christianisme, déclaroient qu'on pouvoit indifféremment rejeter ou admettre plusieurs des dogmes révélés. Voilà l'indifférence dogmatique ; et jusqu'à ce que les déistes aient adopté un symbole dont il ne soit pas permis de s'écarter,

(1) Emile, lom. liï , p. 186.

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j'ignore comment ils se défendroient d'être une secte d'indifférens.

Nous nous proposons de traiter avec quelque étendue , dans le troisième volume de cet ouvrage, la question de la tolérance. En attendant, pour répondre au reproche qu'on nous fait d'être intolérant, nous prierons ceux qui se montrent si pressés d'accuser, d'expliquer leur accusation. Que veulent-ils dire? que nous prêchons la persécution? Rien de plus faux, et ils le savent bien. Qu'ils citent nos paroles, elles suffiront amplement pour nous justifier. Personne n'est plus convaincu que nous qu'on ne ramène point les hommes à la vérité par la violence. La contrainte fait des hypocrites, et quelquefois des rebelles : la douceur et la persuasion peuvent seules faire des chrétiens. En laissant les gouvernemens juges des mesures que l'intérêt public leur commander oit de prendre contre les sectes de fanatiques qui s'autoriseroient de la religion pour être impunément factieux, nous n'oublierons jamais qu'étranger comme prêtre à ces considérations de pure politique , notre devoir est la charité ,

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et notre modèle celui qui n achevait pas de rompre le roseau déjà brisé, et qui n'éteignait point la mèche encore fumante (1).

Si l'on veut dire que nous regardons la vérité et l'erreur comme incompatibles, que nous croyons nécessaire d'admettre l'une et de rejeter l'autre, que nous soutenons qu'il existe des devoirs pour l'esprit aussi bien que pour le cœur, et que ces devoirs font partie de la seule religion véritable hors de laquelle l'homme ne peut se sauver, rien de plus vrai. Cela signifie simplement que nous sommes catholique, et ne sommes point indifférent en matière de religion, ce qu'il étoit, ce semble , assez facile de présumer, et ce qui n'a pas dû étonner beaucoup dans l'auteur d'un livre dont l'unique objet est de combattre ce genre d'indifférence.

Nous le déclarons donc sans difficulté : Oui, nous sommes intolérant, non pour les personnes, mais pour les doctrines. Jamais nous ne conviendrons que des croyances opposées soient

(1) Calamum quassatum non conter et, et limim fumigans^ non eœtmfjuet. Is. XLIII, 3.

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