‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 4)Chapitre 6 sur 89 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

Maintenant tous les liens sont brisés, l'homme est seul, la foi sociale a disparu: les esprits, abandonnés à eux-mêmes, ne savent où se prendre ; on les voit flotter au hasard dans mille directions contraires. De là un désordre universel, une effrayante instabilité d'opinions et d'institutions. Las de l'erreur et de la vérité, on rejette également Tune et l'autre. Il y a au fond des cœurs, avec un malaise incroyable, comme un immense dégoût de la vie , et un insatiable besoin de destruction. Ce besoin se manifeste de mille manières et dans ^toutes les classes. Riches et pauvres, peuples, grands, rois même, tous, comme s'ils se setitoient poursuivis par les siècles qu'ils ont reniés, se hâtent, se précipitent vers un avenir inconnu. Les gouvernemens, pressés de finir, s'altèrent euxmêmes , mais pas assez peut-être et pas assez vite à leur gré, et au gré de la multitude. On aperçoit encore dans le présent quelque chose du passé, et cette ombre fugitive inquiète. Plus de bornes, plus de barrières que les esprits ne franchissent. On ne rêve rien moins que des révolutions totales dans chaque État et dans le

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