TOME
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blesse : je veux leur montrer dans cette vérité qu'ils rejettent à cause des mystères qu'elle renferme , l'idée la plus simple et la plus claire qui puisse entrer dans l'esprit humain ; de sorte qu'excepté un petit nombre d'aveugles , il n'est pas un seul homme qui ne la saisisse aisément dès qu'on la lui présente. Et s'il n'en étoit pas ainsi, d'où viendroit cette croyance unanime, et ce nom même de Dieu entendu de tous les peuples? N'y verra-t-on qu'un simple mot qu'on soit convenu d'adopter sans y attacher de sens ? Non , l'absurdité seroit trop grande (1). Mais si ce mot a un sens, et partout le même sens, donc on le comprend; et quand le genre humain tout entier atteste qu'il comprend , venir déclarer qu'on ne comprend point, ce n'est pas, certes , prouver la force de sa raison , c'est faire ingénument l'aveu de l'imbécillité la plus profonde, ou de la plus surprenante folie.
Mais, pour aller au fond. Dieu n'a de rapport nécessaire qu'à lui-même, tandis que les êtres finis, par cela même qu'ils sont contingens et parties d'un tout , dépendent les uns de^ autres quant à leur manière d'exister, et d'une cause étrangère quant à leur existence. On ne sauroit donc les concevoir, sans concevoir en même temps cette cause première , centre et
(1) Quelques peuples n'ont même pas de nom particuliex qui réponde à celui de Dieu. Ils désignent l'Être infini, soit par sa notion essentielle, soit par quelqu'un de ses attributs. Les uns l'appellent le grand Esprit, d'autres le Créateur des deux et de la terre, le souverain Monarque du ciel, le Maître de la vie; le Boi spirituel, etc. Ici l'athée apparemment ne dira pas de Dieu : C'est un mot. Non, c'est une idée, une croyance , et partout la même.
raison de tous les êtres ; elle est le terme de toutes nos pensées , et c'est uniquement en elle que notre esprit, errant d'effet en effet, peut trouver un point de repos. De plus , dès que l'être seul est l'objet de nos conceptions , le néant n'étant point intelligible , l'idée la plus naturelle , la plus lumineuse , est nécessairement celle de l'Etre sans restriction, sans bornes, de l'Etre un qu'on a défini en disant qu'il est. Cette immense idée n'est pas seulement en harmonie avec notre intelligence , elle est notr€ intelligence même : et voilà pourquoi l'athée, en niant le souverain Etre , est forcé de nier tous les êtres , de se nier lui-même , et ne peut rien affirmer , rien énoncer, parce qu'il ne peut prononcer le mot est^ qui est le nom propre de Dieu(l),
(1) Ceci étoît écrit lorsque nous avous trouvé la même obserration, développée avec une étendue que notre plan ne comportoit pas , dans les Recherches philosophiques sur les j:remiers objets des connois- ^ances morales , par M. de Bonald : ouvrage aussi remarquable par la profondeur des vues et la force du raisonnement , que par la noblesse du style et la constante élévation des pensées. Guidé par la même foi que ce philosophe illustre , et d'autant plus grand qu'il est plus chrétien, nous avons eu plusieurs fois le bonheur de rencontrer les mêmes vérités i comme une simple nacelle , en se dirigeant sur le même point des cieux , peut aborder aux mêmes rivages que le vaisseau roi de l'Océan. Et puisque nous avons nommé M. de Bo nald , qu'il nous soit permis de le citer lui-même en preuve de cette Providence qui veille sur les peuples, et donne, quand il le faut, à certains hommes la haute mission d'annoncer les vérités devenues nécessaires, et de défendre contre l'orgueil et les erreurs de l'homme la cause de Dieu éternellement attaquée, et éternellement victo rieuse. Je ne crains point de le dire. Fauteur de la Théorie du pouvoir politique et religieux, de la Législation primitive, etc. , a été , dans ce siècle de désordre et de ténèbres, le fondateur des dernières espérances qui restent peut-être aux nations^ et le bon génie de la société.
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L'athéisme n'est donc pas, à proprement parler, une doctrine, une opinion, mais un désordre mental, le terme extrême de l'égarement de l'esprit, ou l'extrême folie; et l'on ne doit pas plus argumenter contre celui qui nie Dieu , ou se fait Dieu , car c'est au fond la même erreur (1), que contre l'insensé qui se croit roi. Dès qu'on oppose sa raison à la raison de tous les hommes, qu'on nie le témoignage du genre humain , il n'y a plus rien de commun entre les intelligences, plus de base sur laquelle on puisse asseoir un raisonnement; et si l'athée étoit conséquent, s'il pouvoit l'être, sa raison, sans point d'appui, essaieroit vainement de sortir de sa stupide immobilité.
Enfin voilà où l'homme en peut venir à force d'orgueil. Il prendra l'auteur de la vie et la vie même en haine. Aveugle et lâche jusqu'à se flatter de vaincre ses immortelles destinées, on le verra , s'isolant de tout ce qui est, travailler ardemment dans les ténèbres à se creuser un sépulcre éternel. Misère infinie d'un être dont toutes les pensées, toutes les espérances relèvent du néant ! mais désordre plus effroyable ! De là cette épouvante qui saisit les peuples, cette horreur profonde qu'ils manifestent à la vue d'un homme sans Dieu ; horreur aussi naturelle que celle du meurtre :
(1) Aussi l'athéisme pratique, ou l'oubli de Dieu, et l'athéisme dogmatique ou la négation de Dieu, conduisent-ils très proniptement à l'adoration de l'homme. L'idolâtrie en est un exemple ; mais rien n'approche en ce genre de ce que nous avons vu de nos jours, et le culte de la déesse liaison passe de bien loin toutes les extravagances el tous les crimes qui étoient connus jusqu'alors.
et l'athéisme n'est, en effet, que le désespoir d'une raison aliénée, et le suicide de l'intelligence.
Certes, jamais crime plus grand ne put être conçu : il renferme en soi une perversité si étonnante , que la Religion seule l'explique par ses dogmes. Oui, sans doute, il y a ici quelque chose de surnaturel; l'action d'un être mauvais sur un être dégradé , d'un tyran sur son esclave , est trop visible pour être méconnue ; car aucun être ne peut tendre naturellement à sa destruction. Que l'âme tue le corps, on le comprend; elle agit hors de soi sur un sujet qui lui est soumis; mais que l'âme même , l'intelligence se détruise volontairement, cela n'est pas seulement incompréhensible, mais contradictoire; et jamais on ne rendra raison de ce mouvement désordonné d'un être intelligent vers la mort, qu'en le supposant dominé par une force étrangère , par un esprit plus puissant qui le séduit ou l'opprime.
Nous avons prouvé que l'existence de Dieu, unanimement attestée par le genre humain, réunit au plus haut degré tous les genres de certitude , de sorte qu'on ne peut la nier que par une opposition violente à la nature, qui nous porte à déférer au témoignage universel , et en ruinant la base de la raison , dès lors éternellement impuissante à s'assurer d'aucune vérité. Considérant donc l'existence du souverain Etre comme un fait incontestable, et plus incontestable que notre existence même , nous exposerons , dans le chapitre suivant, les conséquences qui s'en déduisent relativement à l'origine et à la certitude de nos con-
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noissances , et peut-être ne verra-t-on pas sans étonnement combien ce seul fait, si grand et si simple, répand de lumière sur les lois de notre intelligence, et à quelle hauteur il l'élève.
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