‹ OEuvres complètes de F. de la MennaisChapitre 4 sur 27 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

18 ESSAI SUR i;[NDIFFÉRENGE

pies de l'univers, vous qui avez reçu, de siècle en siècle, les traditions qui remontent à l'origine des temps; nations à qui fut confié ce sacré dépôt, je vous adjure toutes, venez et dites si jamais vous avez pensé que la religion fut l'ouvrage de l'homme, une production de son esprit, ou un sentiment de son cœur précédant toute instruction ; et si , au contraire, vous ne crûtes pas toujours que , primitivement révélée de Dieu , elle se perpétuoit dans la société par un enseignement extérieur, le père redisant à ses enfans ce qu'il avoit entendu de ses pères , et leur transmettant la vérité comme il leur avoit transmis la vie? Dites si jamais vous avez reconnu dans chaque particulier le droit de se faire lui-même sa religion , le pouvoir de découvrir seul les lois de son intelligence, la règle de ses croyances et de ses mœurs? Dites si vos idées de justice , d'ohligation morale et de devoirs, ne reposoient pas sur celle d'un suprême législateur, qui avoit originairement manifesté son existence et promulgué ses commandemens ; et s'il ne vous sembloit pas, en écoutant la tradition, entendre encore la voix de Dieu parlant à nos premiers parens , et instruisant en eux tous les âges?

Voilà, n'en doutons point, la religion naturelle, puisqu'elle n'est ni moins ancienne ni moins invariable que notre nature , et que le genre humain tout entier la proclame et lui rend hommage. Vous donc qui refusez de la reconnoître , ou qui voulez la placer sur une base aussi frêle que la raison individuelle , séparez-vous du genre humain y démentez tous les

peuples, niez ce qu'ils attestent; et, semblables à ces princes d'orgueil qui se bâtissent, dit Job , des solitudes pour y reposer dans leur sommeil (i), bâtissez loin de tous les hommes l'édifice solitaire de votre religion qui ne sera non plus qu'un tombeau oii votre âme, privée de la vérité , qui est sa vie, reposera aussi dans son sommeil , jusqu'au jour où , réveillée par une voix formidable , elle se trouvera soudain en présence de son juge et de son Dieu.

(t> Job. m, n et 14,

20 ESSAI SUR l'indifférence

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