CHAPITRE XXIII
De la loi mosaïque y et du peuple juif.
LoRSQu'au moment où l'idolâtrie pénélroit de toutes parts dans le monde , Dieu se choisit un peuple pour conserver le vrai culte , il ne fonda point une religion nouvelle , car la religion est une ; elle se développe, mais elle ne change point. Aussi jamais l'Ecriture ne parle-t-elle de la religion juive (1). Les Pères , dont le langage est si exact , ne se servent point non plus de ce mot , ou s'en servent peu (2) ; ils disent, la loi ancienne ^ la loi de Moïse , expression d'une justesse parfaite, et à laquelle peut-être auroiton dû toujours se horner.
Les Juifs, en effet , n'avoient point d'autre religion ou d'autres croyances , d'autre loi morale, ni même, dans ce qui en fait l'essence , d'autre culte (3) que les
(1) Le mot de religion ne se trouve que six fois dans le Pentateuque , et trois fois dans les autres livres de l'ancien Testament. Jamais il n'y a le sens que les chrétiens lui assignent, c'est-à-dire, l'ensemble des devoirs de l'homme, ce qu'il doit croire, aimer, pratiquer. Il ne signifie jamais que les préceptes et les cérémonies de la loi mosaïque, et, en plusieurs endroits, tel ou tel rit particulier.
(2) Nous ne pouvons assurer absolument qu'aucun Père, surtout des moins anciens, n'ait jamais employé ce mot, mais nous ne nous en rappelons aucun exemple ; et toujours est-ce une expression fort rare dans leurs écrits, si elle s'y rencontre.
(3) Le sacrifice, par exemple, fait partie du culte universel dû à
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hommes plus ou moins nombreux dispersés entre les nations , et qui , instruits par la révélation primitive dont le souvenir ne s'éteignit jamais dans le monde , obéissoient fidèlement à cette loi générale et connue de tous. On ne trouve pas que le peuple saint ait jamais eu de symbole particulier , ou plus étendu ; il n'avoit même aucun symbole ou profession de foi déterminée par une autorité publique , et l'on en verra plus tard la raison. Les vérités nécessaires se conservoient chez lui comme chez les autres peuples par la tradition (1). Ce qui le distinguoit, c'étoit premièrement une connoissance plus développée du Médiateur attendu; secondement , une loi rituelle , à la fois religieuse , politique et civile , qui le préservoit de l'idolâtrie et maintenoit dans son sein un culte agréable à Dieu.
Cette loi étoit si peu la religion proprement dite , qu'entièrement ignorée dans la plus grande partie de la terre, elle n'obligeoit que les Juifs ; tandis que la religion , qui est une et universelle , oblige sans contestation tous les hommes.
Eusèbe de César ée en faisoit la remarque au quatrième siècle de notre ère. « La loi de Moïse, dit-il.
Dieu; mais les Juifs, en Tertu de la loi, étoient obligés, de plus, comme le remarque saint Thomas, à offrir tels sacrifices particuliers. » Illi qui sunt sub lege, tenentur ad determinata sacrificia offerenda, » secundum legis prœcepta. Illi verô qui non erant sub lege, tene- » bantur ad aliqua exteriùs facienda in honorera divinum, secun- » dum condecentiam ad eos inter quos habitabant, non autem de- » terminatè ad haec, vel ad illa. » 2. 2«= Quœst. lxxxv., art. 4. (1) Maimonide, More jyevochim, part. I, cap. LXXI. TOME 3. 3
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)) n'étoit faite que pour les Juifs , et seulement encore )) pour ceux qui habitoient la Palestine. Elle les obli- » geoità aller trois fois chaque année à Jérusalem (1). » Il falloit donc qu'ils demeurassent dans la Judée. )) Ceux même qui habitoient aux extrémités de la Pa- )) lestine , ou dans d'autres contrées plus éloignées » encore, ne pouvoient accomplir le précepte de la » loi : tant il s'en falloit que la loi donnée aux Juifs » pût convenir à toutes les nations, et aux peuples qui » habitent aux extrémités du monde (2). »
Aussi les Juifs, liés par leur loi, ne pensoicnt pas que les autres hommes fussent tenus de l'embrasser (3). Elle leur étoit tellement propre, qu'en se propageant elle se fût détruite (4). Les prosélytes , à moins qu'ils
(1) Exod. XXIII. 17.
(2) Demonstr. evangel., lib I.
(3) Le Talmud reconnoU qu'il existe dans toutes les nations de la terre des hommes justes et pieux , et qu'ils auront part, aussi bien (fue les Israélites, au monde futur. Maimonide enseigne la même doctrine {de Pœnit., cap. III). Selon la Gemare de Babylone, au titre Aboda Zara, cap. I, et selon Manasseh Ben Israël {de Resurr. mort., lib. II, cap. YIII et IX,) ceshommes pieux sont ceux qui observent les préceptes donnés aux fils de Noé , c'est-à-dire, à tout le genre humain. Les paroles de la Gemare sont remarquables : Les Gentils mêmes qui observent soigneusement la loi doivent être regardés comme le souverain pontife, c'est-à-dire qu'ils ne recevront pas une moindre récompense que les premiers d'entre les Hébïeux. Ainsi l'explique le docte Selden, qui a réuni plusieurs autres témoignages semblables. P^id. De jure naturœ et gent., lib. Vît, cap. X, p. 877. Edit. Lips.
(4) « Pour dire un mot de la différence des deux lois, nous re- » marquerons que la loi mosaïque , prise littéralement , n'eût pu » convenir aux Gentils appelés à la foi et soumis aux Romains, puis- » que les Juifs mêmes ne pouvoient plus l'observer sous ieur em- » pire. » Orig. contr. Cels., lib. VII, n. ?6.
ne fussent auparavant livrés à l'idolâtrie , n'étoient pas des convertis selon le sens que nous attachons à ce mot , mais des étrangers que l'on consentoit à incorporer dans la nation. Quelque idée qu'eussent les Juifs de leur prééminence sur les autres peuples, ils reconnoissoient que le vrai Dieu avoit partout des adorateurs. Le temple leur étoit ouvert, ils y venoient offrir leurs prières et leurs sacrifices; et, de la montagne de Sion , Jehovah bénissoit tous ceux qui , en quelque partie de l'univers qu'ils habitassent , croyoient en lui et le servoient dans la droiture du cœur (1).
Non seulement les Juifs n'avoient point de dogmes particuliers, mais plusieurs dogmes universels, clairement indiqués dans les livres de la loi, n'y sont nulle part énoncés d'une manière expresse (2). Partout elle suppose la foi dans les vérités nécessaires révélées originairement ; et voilà pourquoi elle ne dit point, Tu croiras en Dieu : elle ne présume pas que l'on puisse douter de son existence ; mais , sous les peines les plus
(1) Docuerunt etiam antiqui Judaeorum magistri quôd, quicumque confitetur idolatriam, hàbelur pro eo ac si totam legem àbnegasset ; et quicumque ahnegat idotalriam, pro eo ac si totam legem confessus esset. Selden, De jure nat. et gent., p. 136.
(2) Un savant apologiste de la religion so sert de ce fait pour expliquer la tolérance dont jouissoient les Sadducéens. « Encore , dit-il , » que les vérités qu'ils nioient fussent crues de tout temps dans la » nation, et visiblement supposées dans tous les livres delà loi, elles » n'y sont pourtant en aucun endroit forriiellement énoncées^ et il » n'y est nulle part expressément ordonné de les croire sous peine » de retranchement. Lettres de quelques Juifs portugais et alle- » mands,par M. l'abbé Guettée; tom. II, p. 137. Êdit. in-12.
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terribles, elle défend de prostituer à d'autres êtres Tadoration qui n'est due qu'à lui. Et Dieu lui-même proclamant ses droits : « Je suis , dit-il , le Seigneur » ton Dieu ; tu n'auras point devant moi de dieux » étrangers (1).» Une révèle aucun dogme nouveau : il rappelle au culte antique les enfans d'Abraham ; et formant d'eux un peuple à part, il se déclare leur législateur et leur roi.
Une faut pas juger de ces temps anciens par ceux qui précédèrent presque immédiatement la venue de Jésus- Christ , et beaucoup moins encore par les siècles qui l'ont suivie. Dans cette haute antiquité où les traditions étoient , pour ainsi parler , si vivantes , et inspiroient tant de respect ; où l'on n'avoit pas encore réduit le sophisme en art; où la philosophie n'étoit que la religion , les peuples avoient peu à craindre les erreurs spéculatives : l'abus de la raison n'étoit pas alors la grande maladie du genre humain. On ne nioit point la vérité ; rarement la corruption du cœur passoit jusqu'à l'esprit; mais, esclaves des sens, les hommes s'emportoient, avec une sorte de fureur brutale , aux désordres les plus excessifs , et montroient , dans l'aveuglement de leurs passions , autant de hardiesse à violer la loi morale, que de penchant à s'abandonner à tous les faux cultes.
Proportionnant le remède au mal, Dieu promulgua de nouveau la loi qu'on méconnoissoit ; il l'unit inti-
(1) Egosum Dominus Deiistuus... Non habebis deos alienos conuîfi mo. Exod. XX, 2 et 3.
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memeut et par des liens indissolubles aux lois politiques et civiles qu'il imposa au peuple dont il s'établit le chef immédiat, l'unique souverain. Il prescrivit à ce peuple un culte digne de sa sainteté : il lança ses anathèmes sur les adorateurs de la créature, et les menaça de ses vengeances : il les condamna même sur la terre au dernier supplice ; il voua des nations entières au glaive pour faire sentir à des hommes grossiers la grandeur des crimes qui a voient mérité une si effrayante punition. Afin de les retenir dans le devoir, il employa et la terreur du châtiment et l'espoir de la récompense; et il voulut que ces récompenses, aussi durables que la fidélité à qui elles étoient promises , ces châtimens , aussi prompts que l'offense, fussent comme la sanction toujours présente de ses commandemens, et servissent à le faire reconnoître au loin pour ce Dieu de l'univers seul éternel , seul juste , seul puissant , dont la tradition proclamoit en tous lieux l'existence , et que , presque en tous lieux , on oublioit d'honorer (1).
(!) Nuiic igitur Dominus Deus nosler, salvos nos lac de manu ejus, ul sciant omnia régna teriîE, quia lu es Dominus Deus solus ( IV. Reg., XIX, 19). — Nous voyons en effet les peuples avec qui les Juifs cloient en relation reconnoître leur Dieu pour le souverain maître du ciel et de la terre, comme l'observe l'abbé Le Batteuï. « Quand Sa- » lomon monta sur le trône, le roi de Tyr rendit grâces au Seigneur » Dieu , de ce qu'il avoit donné à David un successeur digne de lui » (///. Reg. Y, 7). Cyrus, dans ses édits, reconnoît que ses victoires » sont un don du Dieu du ciel (/. Esdr., I, 2). Darius veut que les » Juifs fassent pour lui des vœux au Dieu du ciel (/. Esdr., VI, » 10.) Artaxerxés parle à peu près de même dans Esdras. Assuérus » reconnoît le même Dieu dans le décret qu'il adresse aux cent ving- » sept provinces de son empire, depuis les Indes jusqu'en Ethiopie.
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L'objet de la seconde révélation ou de la loi mosaïque n'étoit donc pas de fonder une religion nouvelle, mais de rappeler et d'affermir celle qui reposoit sur la première révélation , en constituant un peuple chargé spécialement de conserver dans toute leur pureté les traditions anciennes; un peuple modèle dont les croyances , la loi morale et le culte fussent une continuelle protestation contre l'idolâtrie et contre les désordres qui l'accompagnoient (1).
Dans les desseins de Dieu , ce peuple avoit encore une autre destination. Les promesses lui étoient confiées : c'étoit de lui que de voit naître le Désiré des nations (2), annoncé toujours avec plus de clarté à mesure qu'approchoit l'époque de son avènement. Figure d'une loi plus parfaite , la loi de Moïse étoit pleine de ce grand Libérateur montré aux hommes en espérance dès l'origine des siècles. Ainsi, par les prophéties qui se répandoient peu à peu dans les contrées les plus lointaines ; par son histoire qui elle-même étoit toute prophétique (3) , par les cérémonies figuratives de son culte , le peuple juif remplissoit la haute
» {Esth., XVI, 16). Quel eût été le sens de ces décrets, si les nations » eussent ignoré qu'il y ayoit un Dieu souyerain et unirersel? » Hist. des causes premières, p. 141, 142.
(1) S. Iren. contr. Hœreses, lib. IV, cap. XV, p. 245. Paris, 1710.— Tertullian.Becib.Jud., cap. II.— Euseb., Demonstr. Evang., lib. I, cap. IV et VI. — S. Hieron., Comment, in Ezech., 20. —S. Chrysost. Comment, in Is., cap. I. — Maim^on. Mor. JYev., part. ïll, cap. XXIX.
(2) Et movebo omnes gentes : et veniet Desideratus cunctis gentibus. y4gg. II, 8.
(3) Haec autem omnia in figura contingebant illis. Ep. I ad Corinth.,X, II,
fonction de préparer le genre humain à reconnoître son Sauveur. Les preuves de sa mission, consignées d'âge en âge dans d'authentiques monumens , jetoient un éclat que rien ne pouvoit obscurcir. Lorsqu'il parut au milieu du monde , tout le passé lui rendoit hommage : renfermé jusque-là dans le sein du temps, on savoit avec certitude quand il en devoit sortir , et l'univers entier entendit sans surprise la voix qui publia son enfantement merveilleux (1). Sa doctrine même, si simple à la fois et si élevée , ne frappa point d'abord les esprits comme une chose nouvelle ; on n'y vit qu'un développement de la religion antique, et il put dire avec une vérité profonde ces paroles qu'il n'étoit donné qu'à lui de prononcer : Je ne suis pas venu délruire la loi, mais V accomplir (2).
Voilà ce qu'étoient les Juifs avant Jésus-Christ, un peuple miraculeux dans son établissement, dans le pouvoir qui le gouvernoit , dans les moyens qu'il employoit pour le gouverner, dans les événemens de son histoire, dans sa grandeur et dans ses humiliations, en un mot dans toute son existence. Témoin par luimême et par ses ancêtres de trois révélations, il rejette la dernière, comme ses prophètes l'avoient prédit (3), et néanmoins il conserve les titres qui en sont le fondement avec une incorruptible fidélité. Sa religion sans
(1) C. Taciti Histor., lib. V, n. XIII. — Sueton. in f^espas.
(2) Nolite putare quoniara veni solvere legem, aut prophelas : non veni solvere sed adimplere. Mallh. V, 17.
(3) Is., VI, 9 et seq. — Et post hebdomades scxaginta duas occidetur Chrislus : et non erit ejus populus, qui eum negalurus est. Daniel, IX, 26.
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doute étoit vraie et visiblement divine; mais ce n'étoit point au fond une religion différente de celle que Dieu avoit originairement donnée à tous les hommes. Sous ce rapport les Juifs n'avoient de plus que de simples rites destinés à conserver la pureté du culte , et qui n'obligeoient qu'eux seuls.
Depuis Jésus-Christ, les Juifs ne forment plus un corps de nation : ils n'ont ni territoire, ni autorité publique, ni lois politiques et civiles en vigueur, ni tribunaux. Pour la religion, leur foi est la même; ce que croy oient leurs pères, ils le croient encore ; mais il y a dix-huit siècles que leur culte est aboli. Temple, autel, sacrifices, tout a cessé, tout est détruit; et ces grandes ruines ne peuvent jamais être relevées ; la confusion des tribus a mis sur elles le sceau de l'éternité. Ou sont aujourd'hui les enfans de Lévi, seuls légitimes pontifes, seuls investis du droit de toucher l'encensoir, d'accomplir en mille circonstances les expiations légales, d'offrir à Dieu le sang des victimes, et de pénétrer dans le Saint des saints? Les mains qui présentoient les dons sacrés, ne sauroient être désormais distinguées des mains profanes : la voix qui transmettoit à Jehovah les prières du peuple est muette pour toujours. Et Juda, qu'est-il devenu.^ où est-il ? comment le Messie , dont la descendance doit être certaine , se feroit-il reconnoître pour son fils ? Aveugles qui Fattendez, il reviendroit qu'il vous seroit impossible de vous assurer que c'est lui.
Privés du culte prescrit par la loi de Moïse, les Juifs sont donc maintenant ^ pour ce qui concerne la
religion, dans l'état où le genre humain se trouvoit avant Jésus-Christ. Leur crime est de le rejeter, de refuser de croire à sa doctrine et d'obéir à ses lois, de persister dans leur rébellion contre la suprême autorité qui les proclame. Sous ce rapport ils ressemblent singulièrement aux déistes avec lesquels ils ont encore un autre trait de conformité, le défaut de sacrifice ; et sous ce rapport ils se séparent de tous les anciens peuples»
Pendant qu'ils subsistèrent en corps de nation, leurs croyances et leur culte , à l'exception de certains rits particuliers , reposoient sur les traditions universelles, sur Tautorité du genre humain attestant la révélation primitive, confirmée par une seconde révélation , qui leur imposa de plus une loi nationale , devenue aussi pour eux une tradition nationale , et perpétuellement promulguée par une autorité vivante.
Si donc l'on considère ce que le peuple juif avoit de commun avec tous les autres peuples , on reconnoît aussitôt l'antique religion du genre humain, la vraie rehgion, brillante des caractères qui lui appartiennent exclusivement, l'unité, l'universalité, la perpétuité, la sainteté.
Si l'on considère ce que le même peuple avoit de propre et de distinctif, on trouve une loi divine sans doute et par conséquent sainte , surtout si l'on se souvient qu'elle étoit figurative (1) : mais cette loi , différente de la loi générale donnée au premier homme
(1) Hœc autem in figura facta sunt noslrî. Ep. I ad Corinlh. X, 6.
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et à ses descendans, naanquoit dès lors du caractère d'unité essentiel à la religion ; elle n'étoit non plus ni universelle, puisqu'elle n'obligeoit que les Juifs, ni perpétuelle, puisqu'elle ne remontoit pas à l'origine des temps, et qu'elle devoit être un jour abolie (1 ). Observez encore que , par son institution même , la loi mosaïque n'étoit que locale ; que le législateur envoyé de Dieu n'avoit et ne réclamoit d'autorité que sur les enfans d'Israël; qu'il en étoit ainsi des juges, des pontifes, des rois et des conseils qui lui succédèrent ; et qu'enfin depuis dix-buit cents ans le sceptre de Juda est brisé , selon la prédiction de Jacob (2) ; qu'il n'existe plus parmi les Juifs aucune autorité publique , de sorte que , pour l'interprétation de leur loi et des propbéties qu'elle contient , chacun d'eux est abandonné à la foiblesse de son jugement et à l'incertitude de ses conjectures (3). Les dernières paroles qu'ait prononcées en expirant l'autorité légitime de ce peuple , sont un hommage rendu au Messie,
(1) Seryitutis autem praecepta separaUm per Moysem praecepit populo, apta illorum eruditioni.., Hœc ergo, quae in seryitutem, et in signum data sunt illis, circumscripsit novo libertatis testamento. Quae autem naturalia, et liberalia et communia omnium^ auxit et dilatavit (Christus).;:<y. Iren. contr. Hœres., lib. IV, cap. XVI, p. 247. Edit. Benedict.
(2) Non auferetur sceptrum de Judà, et dux de femore ejus, douée yeniat qui mittendus est; et ipse erit exspectatio gentium. Gènes., \hl\,iO.
(3) Il résulte de là que les Juifs ne peuvent plus s'assurer du vrai sens de l'Écriture. Ils sont, à cet égard, dans le même cas que les protestans. Aussi varient-ils sans cesse dans l'interprétation des prophéties qui regardent le Messie. Chacun les entend à sa façon, et il leur est impossible de s'accorder même entre eux.
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fils de Dieu, fils de David (1), qui venoit accomplir, non seulement la loi particulière de Moïse , mais encore la loi universelle du genre humain, laquelle devoit avoir en lui, et ne pouvoit avoir qu'en lui son dernier et parfait accomplissement : et quand lui-même il expira, non pour toujours comme la Synagogue, mais pour revivre bientôt après , parce qu'*7 éloû la résurrection et la vie (2), il annonça du haut de la croix à l'univers sauvé , ce grand et éternel accomplissement de la loi éternelle : consummaïum est (3) !
Alors tout fut aussi consommé pour le Juif. Un sceau fut mis sur son cœur, sceau qui ne sera brisé qu'à la fin des siècles. Son existence tout entière n'avoit été qu'un long prodige : un nouveau miracle commence , miracle toujours le même , miracle universel , perpétuel , et qui manifestera jusqu'aux derniers jours l'inexorable justice et la sainteté du Dieu que ce peuple osa renier. Sans principe de vie apparent , il vivra ; rien ne pourra le détruire , ni la cap-
(1) Cùm ergo natus esset Jésus in Belhlehem Juda? in diebus Herodis régis, ecce Magi ah Oriente renerunt Jerosolimara, dicentes : Ubi est qui uatus est rex JudaeorumP Vidimus enim stellam ejus in Oriente, et yenimus adorare eum. Audiens autem Herodes rex, turbatus est, et omnis Jerosolima cum iîîo. Et congregans omnes principes sacerdotum, et scribas populi, sciscitabatur ab eis ubi Christus nasceretur. At illi dixerunt ei : In Bethlehem Judae : sic enim scriptum est per prophetam: Et tu Bethlehem, terra Juda, nequaquàm minima es in princlpibus Juda ; ex te enim exiet dux, qui regat populum meum Israël. Matth. II, i— 6. Erat autem Caïphas, qui consilium dederat Judaeis : Quia expedit unum hominem mori pro populo. Joan, XVIII, 14.
(2) Ego sum resurrectio et vita. Joan. XI, 25.
(3) Joan. XIX, 30.
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livité^ ni le glaive , ni le temps même. Isolé au milieu des nations qui le repoussent, nulle part il ne trouve un lieu de repos. Une force invincible le presse, l'agite , et ne lui permet pas de se fixer. 11 porte en ses mains un flambeau qui éclaire le monde entier, et lui-même est dans les ténèbres. Il attend ce qui est venu ; il lit ses prophètes et ne les comprend pas ; sa sentence , écrite à chaque page des livres qu'il a l'ordre de garder, fait sa joie. Tel que ces grands coupables dont nous parle l'antiquité, il a perdu l'intelhgence ; le crime a troublé sa raison. Partout opprimé , il est partout. Au mépris , à l'outrage , il oppose une stupide insensibilité : rien ne le blesse , rien ne Tétonne ; il se sent fait pour le châtiment ; la souffrance et l'ignominie sont devenues sa nature. Sous l'opprobre qui l'écrase, de temps en temps il soulève sa tête, il se tourne vers l'Orient, verse quelques pleurs, non de repentir mais d'obstination ; puis il retombe, et courbé , ce semble, par le poids de son âme , il poursuit en silence , sur une terre où il sera toujours étranger, sa course pénible et vagabonde. Tous les peuples l'ont vu passer; tous ont été saisis d'horreur à son aspect : il étoit marqué d'un signe plus terrible que celui de Caïn : sur son front, une main de fer avoit écrit : DÉICIDE !
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