‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 103 sur 220 · ACTE QUATRIÈME. tOI · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. tOI

Écoutez mes propos, sans vous en soucier;

Mais ne m*empêchez pas de vous remercier.

— Mon vaillant défenseur I vous qui m'avez sauvée !

A quelle mort , sans vous , étais-je réservée !

Ah! Dieul... je savais bien que je faisais horreur;

Je n'imaginais pas pourtant cette fureur.

Saluée, en sortant, d'un sinistre murmure.

Au bout de quelques pas, de mille cris d'injure,

Puis poussée, assaillie, avançant, reculant.

Éperdue, au milieu de ce cercle hurlant

Qui, toujours rétréci, m'avait enveloppée.

Et que Guillaume en vain coupait de son épée ,

J'avais fermé les yeux , attendant le trépas ;

Quand je les ai rouverts, j'étais entre vos bras.

J'ai vu — que vous étiez superbe de colère I —

S'arrêter tout à coup le torrent populaire ;

Entre la foule et moi, j'ai vu, comme un éclair,

Descendre et remonter par trois fois votre fer;

Et la place était libre ; et , prompte à disparaître ,

La foule s'écoulait sous le regard du maître.

C'était peu d'une armée; il a suffi du roi.

Vous seul le pouviez faire, et l'avez fait pour moi !

PHILIPPE

mon aveugle instinct , comme je te rends grâces !

Si je ne m'étais pas élancé sur vos traces,

Si je m'étais soumis aux ordres que j'ai lus.

Si même je tardais un seul moment de plus.

Quel spectacle, grand Dieu ! — C'est vous que j'aurais vue,

Vous , Agnès , massacrée au milieu de la rue ! . . .

Il fallait bien avoir hâte de me quitter.

Pour que tant de périls n'aient pu vous arrêter,

Madame ! — Vous deviez alors parler sans feinte ;

Je ne vous voulais pas retenir par contrainte ; Quel que fût mon chagrin, sans vous le témoigner, Je me serais offert à vous accompagner ; Vous auriez pu marcher, tranquille, sous ma garde; Car, madame, c'est moi que ce soin-là regarde. Votre. père à moi seul a commis son pouvoir; C'est de moi seul aussi qu'il vous doit recevoir.

AGNES

L'éclat de son courroux me serait moins terrible. Cette douceur me tue,

PHILIPPE

Oh I ciel ! est-il possible !

Quoi ! voilà ces amours que vous juriez ici ! Quoi I vous, Agnès! — c'est vous qui me trompiez ainsi I

AGNES

Mon Dieu ! soutenez-moi !

PHILIPPE

Non. Ce ne peut pas être , Après les sentiments que tu m'as fait paraître. Ta voix partait du cœur; non, tu ne mentais pas. Explique ton billet; dis ce que tu voudras; Je crois tout , excepté ce qui serait sans gloire. Comment même, un instant, avais-je pu le croire ! Non. — Parle, Agnès !

Eh bien!...

PHILIPPE

Eh bien?

AGNÈS

La vérité , Sire, c'est que mon cœur a longtemps résisté; Mais le ciel rigoureux condamne notre flamme ;

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