‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 124 sur 220 · ACTE PREMIEU · texte numérisé non relu

ACTE PREMIEU

VERGMAUD, debout et la coape en main.

A ton éternité. République naissante!

Tout se lèvent.

Sois généreuse et forte, équitable et puissante; Combats tes ennemis , mais pardonne au malheur ; Fais oublier les rois par un règne meilleur.

Tu vivras, si, croyant toi-même à ta durée, Tu poursuis lentement ton œuvre mesurée, Et si , pour convertir ceux qui doutent de toi , Tu comptes sur Tamour et non pas sur Teffroi.

Au moment où il approche la coupe de se> lèvres, madame Roland lui retient le bras.

MADAME ROLAND

Souhaitez plus encor. Pour la rendre accomplie.

Souhaitez qu'elle soit élégante et polie.

Le langa;:e élégant donne les douces mœurs.

Et la férocité rougit de ses clameurs.

— Ouvrez l'amphithéâtre , et préparez les fêtes I

Parlez , grands orateurs ! chantez , divins poètes I

Et des fleurs de Platon Ton va vous couronner.

Non pas pour vous bannir, mais pour vous enchaîner.

La noble République , où le ciel nous convie ,

N'abaisse pas la gloire au niveau de l'envie;

Nous n'aurions fait que perdre au change des tyrans,

S'il fallait qu'on subit le joug des ignorants.

A Dieu ne plaise! — En fait de mœurs républicaines.

Laissons la Béotie; amis, soyons d'Athènes.

Bile détache un bouquet de roses de sa ceinture , et l'efTeuille dans la coupe de Vergniaud. Buzot et Louvet tendent leur verre pour y recevoir quelques feuilles de rose.

Mêlons, comme les Grecs avaient accoutumé.

Le parfum de la rose et le vin parfumé ;

t36 CHARLOTTE CORDAY.

Et que le souvenir de cet antique usage D'un siècle athénien soit le premier présage I

VERGNIAUDf se penchant yers Barbaronz.

Barbaroux, si j'en crois mes sentiments secrets, N'effeuillons pas la rose; effeuillons le cyprès.

Il reprend la coupe et l'élève.

iN'importe! De mon sang la coupe serait pleine, Que je boirais à toi, France républicaine; Et ton avènement sonnerait notre mort, Que ceux qui vont mourir te salûraient encor.

U boit.

TOUS, élevant leurs verres.

Vive la République !

BARBAROUX

Aux lois!

BUZOT

A la clémence !

VERGNIAUD

A la raison humaine!

LOUVET

Au siècle qui commence !

MADAME ROLAND

Vive la République! et mourons, s'il le faut!

VERGNIAUD

Que je sois le premier qui monte à l'échafaud !

Le» girondins passent de la salle à manger dans le salon , précédés par madame Roland, à qui Sieyès donne le bras. — Les domestiquas emportent la table par le fond, apr<>s avoir enlevé les candélabres, qu'ils posent sur la cheminée et sur une console , de chaque câté du salon. Un autre domestique entre A gauche avec un plateau sur lequel est servi le caf(^. — La salle à manger devient obscure et le salon seul est éclairé.

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