‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 136 sur 220 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Montrant le rideau d'arbres.

Ce rideau d'arbres verts en lignes déployés?

Quand vous l'aurez franchi, vous verrez dans la plaine

Fumer déjà les toits de la ville prochaine.

BARBAROUX

Merci, madame. — Amis, le sort moins rigoureux Marque nos premiers pas par nh présage heureux. Cette rare faveur d'entendre une voix pure Est douce à des proscrits poursuivis par l'injure.

— Rendons grâces aux dieux , et marchons.

CHARLOTTE

Étranger, S'il m'est aussi permis de vous interroger.

Vous vous dites proscrit ; vous émigrez sans doute ?

— On voit tant d'émigrés le long de cette route 1 — Mais nous ne savons pas dénoncer les proscrits ; Parlez donc franchement : — venez-vous de Paris ?

BARBAROUX

Nous en venons, madame.

CHARLOTTE

Ah! dites-moi, de grâce!

A quel bruit faut-il croire, et qu'est-ce qui s'y passe?

— On parle d'une lutte.

BARBAROUX

Elle est finie.

CHARLOTTE

Eh bien ? — Quoi? — Qu' est-il arrivé? — Car nous ne savons rien.

BARBAROUX

Marat triomphe.

CHARLOTTE

ciel I

La gironde est détruite.

CHARLOTTE

Dieu puissant !

BARBAROUX

Aujourd'hui « ses débris sont en fuite.

CHARLOTTE

Ah ! que me dites-vous ! — Ah ! malheur imprévu !

— En êtes-vous bien sûr?

BARBAROUX

Je dis ce que j'ai vu.

Demain , vous apprendrez , ainsi que tout le monde , Que trois jours de tempête ont brisé la gironde.

— Mais l'heure ne sied pas à des récits plus longs; La nuit nous surprendrait errants dans ces vallons.

CHARLOTTE

Ne craignez rien ; la ville est prochaine , vous dis-je : Puis je vous donnerai quelqu'un qui vous dirige. Non; dussé-je vous suivre, et l'entendre en chemin, (iC récit m'émeut trop pour remettre à demain.

— Parlez, je vous en prie.

BARBAROUX

Il me suffit, madame.

Louvet va s'asseoir sur le tronc d'arbre renversé. — Pétion et Bazot se tiennent auprès de lui.

— Quant aux événements qui précèdent ce drame...

Je sais tout.

BARBAROUX

Vous savez comment les girondins Ont soulevé contre eux tant d'ennemis soudains?

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