‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 137 sur 220 · ACTE DEUXIÈMK · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈMK

CHARLOTTE

(y est qu'ils voulaient venger les meurtres de septembre. Et purger le sénat dont Marat est un membre.

BARBAROUX

Depuis lors la Commune , unie aux montagnards , Sur vingt-deux girondins appelait les poignards.

CHARLOTTE

Mais la Convention soutenait la gironde?

BARBAROUX

Bah ! quel soutien , devant une émeute qui gronde ,

Que les flottantes voix de ces hommes de bien

Qui votent librement, tant qu'ils ne craignent rien!

Vainement on a pris d'apparentes mesures ;

Où le cœur fait défaut les armes sont peu sures ,

Et l'appareil guerrier, qui couvre les soldats,

Ne donne pas du cœur à ceux qui n'en ont pas.

— N'ayant que des amis dont l'air faisait connaître

Des gens vaincus déjà par la crainte de l'être,

Eux-mêmes, ayant fait tout ce qu'on peut tenter.

Quand ce n'est que sur soi qu'on a droit de compter.

Par le maire trahis , trahis par le ministre ,

Les proscrits attendaient l'événement sinistre.

Que vous dirai-je! — Enfin ce jour est arrivé.

A la voix de ftfarat, le peuple s'est levé;

Paris , épouvanté par le canon d'alarmes ,

Se remplit jour et nuit de citoyens en armes ;

On bat la générale ; on sonne le tocsin ;

« Mort aux vingt-deux! » tel est le mot d'ordre assassin.

Cependant les faubourgs , conduits par la Commune ,

Vomissent leur cohue au pied de la tribune.

C'est alors qu'on a vu, dans le temple des lois,

Le peuple et l'orateur qui parlaient à la fois !

On a vu des canons braqués sur cette enceinte Oii le législateur doit ignorer la crainte , Et, du sang de septembre encor tout dégouttants. Des poignards menacer vingt-deux représentants ! .

— Voilà les arguments de ces bons patriotes ! Voilà comme on entend la liberté des votes !

C'est à ce résultat qu'on sera pai-venu.

Que nous, vainqueurs des rois, après avoir connu Des révolutions grandes, fières, sublimes, Pour notre indépendance et nos droits légitimes , Nous aurons désormais, de par l'assassinat.

Des révolutions en l'honneur de Marat !

CHARLOTTE

Et le peuple, introduit au sein du sanctuaire, Ne s'est pas effrayé de ce qu'il osait faire?

BARBAROUX

Le peuple a sans relâche exigé qu'on livrât Les vingt-deux girondins condamnés par Marat!

CHARLOTTE

Et les a-t-on livrés?

BARBAROUX

On les a laissé prendre.

CHARLOTTE

Quoi ! la Convention n'a pas su les défendre !

— Mais nos représentants sont donc des lâches ?

BARBAROUX

iNon..

Us auraient résisté , n'eût été le canon.

Et même, c'est justice à rendre à leur conduite, Ils ont résolument essayé de la fuite.

Deux fois ils se frayaient un passage douteux , Deux fois un mur de fer s'est dressé devant eux.

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