‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 170 sur 220 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CHARLOTTE, seule , regardant le couteau.

Le voilà ! — Je ne puis en regarder la lame , Sans frissonner d'horreur jusques au fond de l'âme.

• Bile cache le couteau daus son sein, par^dessous son mantelet, et s'éloigne précipitamment de la boutique du coutelier.

— Ahl le projet, conçu d'abord avec orgueil.

Quand il faut l'accomplir, n'est plus vu du même œil. La résolution , qui paraissait si fiëre ,

S'arrête devant l'acte, et retourne en arrière.

Je ne voyais de loin que le pays vengé ;

Ce que je vois de près, c'est un homme égorgé.

— Enfoncer le couteau, nui-môme! Chose horrible! Puis-je donner la mort? Ai-je ce droit terrible? Quels que soient ses forfaits, ce n'est qu'au magistrat Qu'appartient le pouvoir de condamner Marat ;

Et, quand les tribunaux manquent à leur office. Est-ce à moi d'usurper l'œuvre de la justice? Où s'arrètera-t-on dans ce sanglant chemin , Si chacun se fait juge et punit de sa main?

— Pourtant combien sont morts! et combien vont les suivre! Je les laisse périr, si je le laisse vivre.

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