‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 171 sur 220 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

A cette alternative on se voit condamné : II faut qu'il assassine, ou soit assassiné.

A quel titre d'ailleurs, et par quel privilège L'homme sans loi veut-il que la loi le protège? Non ! — qui s'en affranchit y renonce pour lui ; Il s'en désarme, alors qu'il en désarme autrui. Arrière, droit commun et règles ordinaires!

Vous n'êtes plus d'usage en ces temps sanguinaires. Et la société , dans cette guerre à mort , Rentre à l'état sauvage où règne le plus fort. iNon ! — la loi n'étant plus la gardienne suprême , Chacun reprend le droit de se garder lui-même ; Chacun , selon son bras , défend son étendard , Les hommes par l'èpée, et moi par le poignard. Heureux les combattants, à qui je porte envie! Mais, en frappant comme eux, je donne aussi ma vie.

— Poignard , agent du crime , agent déshonoré , Ennoblis-toi ! tu sers un intérêt sacré.

Frappe ; ne tremble pas dans des mains généreuses ; Montre aux crimes hardis des veitus vigoureuses; Et souviens-toi qu'Athène entoura d'un feston Le fer d'Harmodius et d'Aristogiton.

— Que si, tout pur qu'il est, mon dévoùment s'abuse. Si le meurtre jamais ne peut avoir d'excuse ,

Si le droit qu'admettait toute l'antiquité

Fut un long attentat contre l'humanité ,

Si Dieu , guide incertain , nous offre dans son livre

L'exemple de Judith et défend de le suivre ,

Si je ne dois laisser qu'un renom criminel

Et chargé justement d'un opprobre éternel.

C'est affreux ; — l'échafaud est un moindre supplice ;

— N'importe! je puis ftiire encor ce sacrifice.

Braver la mort n'est rien ; mais le mépris bravé

Est un effort plus rare et qui m'est réservé.

Que je sauve la France et que je sois flétrie !

La honte soit pour moi , le fruit pour ma patrie !

Puisse l'acte féroce auquel je me résous

Rendre quelque énergie aux gens de bien trop mous!

Qu'ils exècrent mon nom; qu'ils m'appellent infâme;

Mais rougissent d'avoir moins de cœur qu'une femme !

— Puissent, puissent aussi trembler les malfaiteurs!

Et, si jamais Marat a des imitateurs,

Ils songeront du moins que la vengeance veille,

Et que Charlotte aussi peut avoir sa pareille :

Un monstre tel que lui, s'il échappe à la loi.

Craindra de rencontrer un monstre tel que moi.

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