‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 220 sur 220 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

Coquette I

LYDIE

Quittons-nous sans nous injurier.

HORACE

Faut-il vous savoir gré de me mettre à la porte?

LYDIE

Vous avez bien voulu qu'il en fût de la sorte.

HORACE

Moi ! le mot est charmant.

LYDIE

Vous vouliez en finir.

HORACE

C'est vous; depuis longtemps, vous me vouliez bannir.

LYDIE

Est-ce moi, par hasard, qui suis une infidèle?

HORACE

Est-ce moi qui vous cherche une injuste querelle ?

LYDIE

Si nous nous séparons , pourquoi le faisons-nous 7

A qui la faute?

LYDIE

A vous.

HORACE

Non. A vous.

LYDIE, molloment.

Non. A vous.

HORACE

Tant que tu m'as aimé , quand nul autre plus digne N'entourait de ses bras ton cou blanc comme un cygne, J'ai vécu plus heureux que Xercès, le grand roi.

LYDÎE.

Tant que tu n\as aimé personne plus que moi , Quand Chloé n'était pas préférée à Lydie, J'ai vécu plus illustre et plus fière qu'Ilie.

HORACE

J'appartiens maintenant à la blonde Chloé, Qui plaît par sa voix douce et son luth enjoué ; Je suis prêt à mourir pour prolonger sa yie.

LYDIE

Calais maintenant tient mon âme asservie ; Nous brûlons tous les deux de mutuels amours. Et je mourrais deux fois pour prolonger ses jours.

Mais quoil si j'ai regret de ma première chaîne? Si Vénus de retour sous son joug nous ramène? Si, l'ôtant à Chloé, je te rends mon amour?

LYDIE

Encor que Calais soit plus beau que le jour,

Toi, plus traître que l'onde et plus léger que l'heure.

Avec toi que je vive , avec toi que je meure I

HORACE, sp jetant aux genoux de Lydie.

Ah ! ma bonne Lydi !

LYDIE

Oui , bien trop bonne , ingrat !

HORACE

Va, tu n'auras plus lieu de te plaindre.

LYDIE

On verra.

HORACE

Par les dieux immortels! par la voûte céleste ! Par le fleuve infernal, aux parjures funeste ! Par. . .

SCENK DEUXIEME. 38'

LYDIE

Non, plus de serments; ils nous portent malheur. — Hélas ! de tes discours je connais la valeur, Et pourtant j'ai toujours plaisir à les entendre.

Avec tendresse.

trompeur !

n OR-ACE.

Terre et mer! sois-je réduit en cendre, Si...

Bntro Beroé.

BE RUÉ, À Lydie.

Calais, madame, est là, tout rayonnant.

Il demande s'il peut entrer.

HORACE

L'impertinent !

LYDIE, à Horace.

Eh bien, qu'est-ce (|u'il faut répondre?

HORACE

C'est facile.

A Beroé.

Va dire à Calaïs qu'il est un imbécile.

BEROÉ.

Et puis?

HORACE

Qu'il peut porter son béotisme ailleurs.

BEROÉ, à Lydie.

Voilà ce qu'il faut dire?

En des termes meilleurs.

BEROÉ.

Fort bien.

A Horace.

Seigneur, Chloé vous attendra.

LYDIE

La sotte!

A Horace.

Irez-vous ?

HOR/kCE.

Vous platt-il que nous soyons votre hôte?

LYDIE

Mais son pauvre souper restera sans emploi.

HORACE

Eh ! non pas; Calaïs le mangera pour moi.

LYDIE

Justement; et la chose on ne peut mieux s'arrange.

A Beroé.

Pour consolation, propose-lui l'échange.

HORACE, i Beroé.

Et pour enseignement, dis-lui que désormais Il vienne , eu pareil cas , tout de suite ou jamais.

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