LUCRÈCE, SEXTUS
LUCRÂCE.
J'écoute maintenant.
SEXTUS
Fortuné CoUatin!
Votre cœur bat au bruit de son danger lointain ; Il est assez payé des fatigues des armes, Vainqueur, par votre orgueil , ou , blessé , par vos larmes. Gomme j'échangerais tout l'appareil des rois Contre ce simple habit que lui filent vos doigts I S'il m'eût été donné d'avoir son bonheur rare. Gomme j'en jouirais en possesseur.avare I Ce ne serait pas moi qu'on verrait employer, Dans les loisirs des camps, les jours dus au foyer.
LUCRECE
Un Romain doit aller où Rome le demande , Sextus, et tout quitter quand le pays commande.
446 LUCRÈCE
Ainsi fait Gollatin , et c'est dignement fait.
— Mais ne parliez- vous pas d'un message?
SEXTUS
En effet. — Je m'en souviens. — J'avais perdu toute mémoire ; Car je suis plus troublé que vous ne sauriez croire.
— Lucrèce I J'admire et j'envie à la fois
Et tout ce que j'entends et tout ce que je vois :
Cet aspect imposant du vestibule antique,
Familier à Vesta , la déesse pudique ;
Ce foyer solitaire , où nul bruit de gaîté
Des lares paternels n'émeut la gravité ;
Ces corbeilles, ce lin, la lampe sérieuse
Qui dérobe au sommeil l'heure laborieuse.
Cependant que Pallas, assise près de vous.
Contemple vos travaux avec un œil jaloux.
Et craint, en vous voyant et si jeune et si belle.
Que l'on n'adore un jour une Pallas nouvelle.
— Que vous dirai -je enfin? Plein d'un respect pieux, Je me crois dans un temple occupé par les dieux.
Et vous m' apparaissez, dans la foule divine. Comme une reine auguste , et dont le front domine.
LUCRÈCE
Mais mon mari, Sextus? Vous venez en son nom; Parlez de mon mari; que veut -il?
SEXTUS
Eh bien, non.
— Je ne viens pas potu* lui.
LUCRECE
Que venez -vous donc fab*e ?
Et que m'avez-vous dit?