ACTE QUATRIÈME
SEXTUS
Qu'une importante affaire. ••
— Mais non, c'est trop tarder. — Que me fait Collatin, Et l'armée , et les chefs , et Rome , et son destin I
Je ne connais ici que vous et que moi-même.
— Je viens vers vous... je viens... parce que je vous aime.
LUCRÈCE
Ah I dieux immortels !
SEXTUS
Oui, je vous aime; souffrez Que je m'explique enfin, et vous me jugerez.
— Je vous aime, du jour qui m'a rendu votre hôte. Gollatin m'amena ; ce ne fut pas ma faute.
J'ignorerais encor, sans son fatal orgueil.
Quels bouleversements peut produire un coup d'œil.
Votre image me suit; ma mémoire obstinée
Partout m'olfre Lucrèce , au travail adonnée ;
Absente , je vous vois comme je vous vois là ;
Je ne vois plus .que vous. Au point où me voilà,
A faire effort sur moi mes luttes seraient vaines.
Je n'y puis rien. Vénus a pénétré mes veines.
Pareil au loup blessé par l'épieu du chasseur,
J'emporte, en le mordant, un trait mortel au cœur;
Et je comprends, au feu dont tout mon sang s'allume.
Qu'il faut, ou qu'on l'apaise, ou bien qu'il me consume.
Lucrèce fait un mouvement comme pour parler.
— Ne vous indignez pas, Lucrèce; j'ai compris Qu'un amour clandestin n'aurait que vos mépris. Vous êtes trop sincère , et votre âme est tr#p haute Pour l'art humiliant de cacher une faute.
Mais voici mon dessein : Rome a besoin de bras ; Un hymen infécond l'appauvrit en soldats;
448 LUCRÈCE
Votre stérilité se prêtant au divorce, Tarquin à votre époux le dictera de force , Et rompra ces liens , au pays odieux , D'où Lucine ennemie a détourné les yeux.
Tous deux libres alors par un divorce double, L'hymen refleurira sur nos amours sans trouble.
Lucrèce fait encore un mouTement.
— Ehl quoi donci CoUatin vous a-t-il su charmer? Mais vous ne Taimez pas , vous ne pouvez l'aimer. Lucrèce n'aimera qu'un homme qui la vaille ,
Et votre CoUatin n'est pas à votre taille,
Lui qui, du sang royal, s'appelant CoUatin,
N'a pas , malgré son nom , fait peur au roi Tarquin I
— Encore un mot : à vous je peux et veux tout dire : C'est à moi que Tarquin laissera son empire ;
Car je le comprends, seul; seul, je puis achever L'édifice royal qu'il tente d'élever.
Ne vous méprenez point sur ma joyeuse vie ; Par mes amusements mon idée est servie.
A de facUes mœurs les Romains façonnés Apporteront au joug des fronts moins étonnés, Et les nouveaux besoins que je leur fais connaître Forment des courtisans espérant tout du maître.
— Nos plans sont faits : Tarquin et moi sommes d'accord; Je saisirai le sceptre au moment de sa mort ;
Je saurai, comme lui, me passer des auspices, Et déshabituer Rome de ses comices.
— Je serai r«i, vous dis -je, et vous, Lucrèce, vous. Reine. •
LUCRECE
Je serai, moi, fidèle à mon époux.
Je vous laissai parler, me refusant à croire