‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 86 sur 220 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Que son honneur royal lui défend de céder.

AGNÈS

Mais s'il avait raison?

GUILLAUME

C'est une vaine excuse, Et je suis convaincu qu'en lui-même il s'accuse.

— Vous l'avez demandé, madame, sachez tout :

Ln malheur est prochain, cai* le peuple est à bout.

Grand Dieu!

GUILLAUME

Le roi perdra son trône à vous défendre ;

— Maltresse d'y rester, c'est à vous d'en descendre. A vous seule, madame, appartient aujourd'hui

De sauver le royaume, et le roi malgré lui.

— Or , si vous vous sentez une vertu si fière , Fuyez secrètement chez le duc votre père.

AGNÈS

Fuir ! secrètement fuir ! — et que dirait le roi !

— Et mes enfants! — Oh! non. C'est trop vouloir de moi. Vous devez vous tromper ; je le sens dans mon âme. Non, vraiment; ce n'est pas la vertu d'une femme

De quitter son époux et ses enfants trahis.

— Et pourquoi? Qu'ai -je fait contre votre pays? Est-ce ma faute, si, cherchant une compagne.

Votre roi m'appela du fond de l'Allemagne?

Mon père, et non pas moi, disposa de ma main; L'Église consacra notre parfait hymen ;

Est-ce ma faute à moi, si maintenant je l'aime. Celui que m'ont donné mon père et Dieu lui-môme? Je ne demandais rien, que de pouvoir l'aimer.

De voir mes enfants croître , et leurs mœurs se former ; Des femmes c'est partout l'existence commune ; Pourquoi m'enlève -t -on ce qu'on laisse à chacune? Pour être reine, hélas! n'est-on pas femme aussi?

— Ah ! votre royauté! là n'est pas mon souci; Laissez-moi ce que j'aime, et venez me la prendre; Que volontairement je suis prête à la rendre !

Mais mon mari, mes fils, je ne les cède pas; Voilà mon peuple à moi ; leurs cœurs sont mes États ; Et je m'y maintiendrai, de toute ma constance, Car le droit étemel est pour ma résistance.

GUILLAUME

C'est comme il vous plaira, madame; examinez Les raisons en vous-même, et vous déterminez.

AGNÈS

Ah ! Guillaume ! Combien je vivais satisfaite ! Quand il était à moi, c'étaient mes jours de fête. Et, s'il était absent, j'avais encor plaisir A voir jusqu'au retour les instants s'accourcir.

— Mais ne plus l'espérer ! Nourrir la certitude Que ce sera toujours la même solitude !

Ah 1 ciel ! — Et comment donc trouverais-je l'emploi Des jours qui se suivraient, sans l'approcher de moi. Et qui , me promettant après eux leurs semblables , Croîtraient toujours plus longs et plus insupportables I

— Vous ne savez pas , vous qui guerroyez toujours , Ce que souffre une femme atteinte en ses amours. Ce qui ne saigne pas vous paraît insensible ;

Votre seul sentiment est l'orgueil inflexible ; ' Immolant tout, sans peine, à ce maître jaloux. Vous jugez rudement les autres d'après vous.

— Eh bien, moi, pour ma part, vous m'aurez mal jugée.

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