‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 108 sur 223 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Il y va, monseigneur, du salut de notre âme; Et, triomphant enfin d'un amour criminel, J'ai songé pour nous deux au salut éternel.

PHILIPPE

Oh! elle me le dit! — C'est bien là votre idée?

AGNÈS

Oui.

PHILIPPE

C'est là le motif qui vous a décidée?

AGNÈS

Oui.

Bien, madame! — Honneur, fidélité, serments, Vous n'êtes que mensonge et que déguisements ! Puisque Agnès m'a trahi, toute femme est parjure.

— Ah! je n'attendais pas cette dernière injure! Ah! c'est le coup mortel! Venez, mes ennemis! Je ne résiste plus, et tout vous est permis.

Abandonné d'Agnès, il n'est rien qui m'étonne.

— Agnès ! Agnès !

AGNÈS

C'est faux! Qui! moi! je t'abandonne?

C'est faux! je t'aime. — Enfin le silence est rompu. C'est assez m'efforcer; j'ai fait ce que j'ai pu.

— Je t'aime. C'est trop peu, Philippe; je t'adore; Je t'adorais heureux, malheureux, plus encore. Va, le pape peut bien lancer les interdits, Désoler l'univers, fermer le paradis;

Il peut tout; il est maître et du corps et de l'àme; Mais il ne peut tarir l'amour chez une femme.

— Je t'aime, entends-tu bien, d'un amour absolu. J'aurais voulu mourir pour toi ; j'aurais voulu

*04 AGNÈS DE MÉRANIË.

— Que Dieu qui nous entend pardonne ce blasphème ! — Sacrifier pour toi jusqu'à mon salut même.

— Mon repos ! ce n'était qu'un motif supposé. Je savais que demain tu serais déposé,

Et, puisque mon exil assure ta couronne,

Je m'exilais. — Voilà comment je t'abandonne.

Noble Agnès !

AGNES

Cher Philippe !

PHILIPPE

Et moi qui t'offensais!

Tu t'immolais pour moi qui te méconnaissais!

— Sois indulgente ! Oublie un moment de délire ; Et ne me quitte plus jamais.

AGNÈS

Écoutez, sire :

Je suis forte à présent; cet aveu que j'ai fait A soulagé mon cœur du poids qui l'étouffait, Et je m'en vais moins triste, et presque heureuse même De vous avoir pu dire à quel point je vous aime. J'emporte cette joie aux pays éloignés, Que je vous suis connue , et que vous me plaignez : Je me réfugîrai dans l'orgueil légitime D'avoir conquis l'amour d'un prince magnanime, D'avoir paru plus tard digne de le garder, L'ayant pu conquérir, et l'ayant pu céder.

— Vous, sire, soyez roi. Considérez qu'on blâme Le roi qui perd son trône aux genoux d'une femme, Et qu'envers vous le blâme aura plus de rigueur, Par le plaisir qu'on a d'insulter un grand cœur.

Or, représentez-vous la méchante victoire

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