ACTE QUATRIÈME
De tous les envieux qu'indigne votre gloire.
Si, par de fiers débuts, vous n'aviez préludé
Qu'à la piteuse fin d'un roi dépossédé.
Ne faites pas pitié, vous qui vous fîtes craindre;
Que la haine n'ait pas la douceur de vous plaindre.
Permettez-moi de fuir, sitôt le soir venu;
Et faisons voir, tous deux, un courage inconnu,
Moi, me sacrifiant à mon amour, — vous, sire,
Sachant sacrifier votre amour à l'empire.
PHILIPPE
Périsse mon empire, avant d'être acheté Par cette ignominie et cette lâcheté !
Que moi, Philippe-Auguste, à qui tu t'es fiée, Je souffre que jamais tu sois sacrifiée !
Qu'à ce moine brouillon et ce peuple mutin De mes chères amours je livre le butin !
Que tu sois la rançon qui paira ma couronne ! Que je me sauve seul, et que je t'abandonne !
— Ames des chevaliers! saint Georges, leur patron! Que diriez-vous de voir à mon pied l'éperon!
« Honni soit, crlriez-vous , le chevalier infâme,
Qui ne tient son salut que des pleurs d'une femme ! »
AGNÈS
Ah ! je l'avais prévu ! c'est ce que je craignais !
PHILIPPE
Tu m'aimes, et tu veux que je te quitte, Agnès!
— Oh ! non.
AGNÈS
Je veux partir.
Fais comme bon te semble ; Mais sache auparavant que nous partons ensemble.
AGNÈS
Comment !
PHILIPPE
Pars, et je pars; je t'en donne ma foi.
Je ne veux pas régner, s'il faut régner sans toi ; Et, quant à mes sujets, puisqu'un roi leur échappe, S'ils en veulent un autre , eh ! qu'ils prennent le pape !
AGNES
Philippe î
PHILIPPE
Laisse-moi parler à mes barons; Selon qu'ils vont agir, nous nous déciderons. Ou Rome, avant un mois, aura de mes nouvelles; Ou, seul, répudié par des vassaux rebelles, Déposé par un moine, on me verra plutôt M' exiler avec toi que te faire défaut.
— Rome n'y perdra rien ! Je voue à la vengeance Toute l'activité de mon intelligence.
Je verrais ma couronne au front d'un étranger, Que je serais content, si je puis me venger.
Enfin, je ne sais pa» , tant cette haine est forte ! Si l'amour dans mon cœur ou la haine l'emporte.
— Arrière , anciens projets ! vieilles ambitions ! Conquêtes, monuments, et législations!
Je recommence à vivre , et suis un nouvel homme : Dans le monde désert, je ne vois plus que Rome; C'est Rome qui m'appelle, et c'est par ses débris Que passe le chemin qui ramène à Paris.
AGNÈS
Philippe !
PHILIPPE
Heureux sultan , qui n'as point de saint-père !