‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 11 sur 223 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Une femme soigneuse et qui lui fasse accueil.

— Laisse à d'autres que nous les concerts €t la danse.

Ton langage, nourrice, a manqué de prudence.

La maison de l'épouse est un temple sacré

Où même le soupçon ne soit jamais entré,

Et son époux absent est une loi plus forte

Pour que toute rumeur se taise vers sa porte.

LA NOURRICE

Ce zèle rigoureux me semble aller trop loin;

La joie est de votre âge un innocent besoin.

Pendant qu'on tient des dieux la jeunesse, on est sage

De fêter cette hôtesse au rapide passage.

Quelle prise y voit-on à la malignité?

Et qu'est-ce qu'un soupçon qui n'est pas mérité? • L'honneur ne dépend pas d'un injuste caprice, lEt quand le cœur est pur, il suffit.

LUCRECE

Non, nourrice. >

ICe n'est pas assez bien respecter la pudeur, • Que d'avoir seulement son culte au fond du cœur. « Il faut lui rendre hommage à la face publique ; l Pour être vraiment chaste , il faut être pudique ; Et, comme vers ce but tout doit être tourné, C'est être criminel que d'être soupçonné.

LA NOURRICE

Eh bien, soit. Prolongez cette retraite austère;

Défendez aux plaisirs votre seuil solitaire ;

Mais, cessant d'ajouter la fatigue aux ennuis,

Que le travail au moins n'abrège pas vos nuits. « Le sommeil entretient la beauté du visage ; N ^ l L'insomnie, au contraire, y marque son passa]!

o8 LUCRECE.

Gardez que votre époux , de son premier regard , Ne vous trouve moins belle au retour qu'au départ.

LUCRÈCE

Tu me presses en vain; je veux rester fidèle,

Par mon aïeule instruite, aux mœurs que je tiens d'elle.

Les femmes de son temps mettaient tout leur souci

A surveiller l'ouvrage, à mériter ainsi

Qu'on lût sur leur tombeau, digne d'une Romaine :

a Elle vécut chez elle, et fila de la laine. »

Les doigts laborieux rendent l'esprit plus fort,

Tandis que la vertu dans les loisirs s'endort.

Aussi, celle qui prend l'aiguille de Minerve,

Minerve, applaudissant, l'appuie et la préserve.

Le travail , il est vrai , peut ternir ma beautés

Mais rien ne ternira mon honneur respecté ;

Et, si je dois choisir, injure pour injure, i

La ride au front sied mieux qu'au nom la flétrissure.

— C'est assez : le temps passe à tenir ces propos ;

Quand la langue se meut, la main reste en repos.

Poursuivons notre tâche. — Allons!

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