‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 164 sur 223 · ACTE TROISIÈME. Ï · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME. Ï

Le sarcasme iixé dans un coin de la lèvre ,

Des yeux clairs et perçants, mais blessés par le jour,

In cercle maladif qui creuse leur contour,

lin regard effronté qui provoque et défie

L'horreur des gens de bien, dont il se glorifie,

Le pas brusque et coupé du pale scélérat ,

Tel on se peint le meurtre , — et tel on voit Marat.

Que fait-il? où vit-il? et de quelle manière?

BARBAROUX

Tantôt il cherche l'ombre, et tantôt la lumière, Selon qu'il faut combattre, ou qu'il faut égorger, Présent pour le massacre , absent pour le danger.

— Dans les jours hasardeux où paraissent les braves, Lui , tremblant , effaré , se cache dans les caves*

Les caves d'un boucher et celles d'un couvent Pendant des mois entiers l'ont enterré vivant. Là, seul avec lui-même, aux lueurs d'une lampe, Devant l'encre homicide où sa plume se trempe , N'ayant d'air que celui qui vient d'un soupirail, Dix-huit heures , penché sur son affreux travail , 11 entasse au hasard les visions qu'enfante Dans son cerveau fiévreux cette veille échauffante.

— Puis un journal paraît, qu'on lit en frémissant. Qui sort de dessous terre, et demande du sang.

CHARLOTTE

Poursuivez; je vous prête une oreille attentive. Cet étrange récit m'effraye et me captive.

Il semble que j'entends ces contes d'autrefois Qui, pendant les longs soirs, font peur aux villageois.

BARBAROUX

Mais, le combat fini, c'est alors qu'il se montre;

i*i CHARLOTTE CORDAY.

— C'est l'heure de la proie. — Alors, si l'on rencontre

Un homme, les bras nus, le bonnet rouge au front,

Sabres et pistolets pendus au ceinturon ,

Si cet homme applaudit, pendant que Ton égorge

Les malheureux vaincus dont la prison regorge ,

S'il excite au travail les assassins lassés ,

Qui laissaient choir enfin leurs couteaux émoussés,

Si, tous les prisonniers hachés membre par membre,

11 serre dans ses bras les héros de septembre ,

C'est Marat. — Quand le peuple, à qui manque le pain.

Écoute aveuglément les conseils de la faim,

Celui qui, dégradant les misères publiques,

Pousse la multitude à piller les boutiques,

Celui qui veut montrer, comme un épouvantait,

Quelques marchands de blé pendus à leur portail,

C'est Marat. — Quelquefois la tribune est souillée

Par un homme en casquette, en veste débraillée,

Qui se croise les bras, et, d'un air outrageux,

Semble étaler l'orgueil de ses haillons fangeux :

Kcoutez-le parler : « Il faut qu'on institue

Un magistrat du meurtre, un dictateur qui tue. »

C'est Marat, c'est Marat! — Pour le peindre d'un trait,

Il m'a dit de sang-froid, tout comme il le ferait,

Que l'unique moyen de calmer nos tempêtes,

C'est d'abattre deux cent soixante m.lle têtes!

Voilà son taux. — Deux cent soixante seulement;

Jusques à trois cent mille il monte rarement.

CHARLOTTE

Dieu puissant! c'est un fou!

BARBAROUX

C'est un fou; mais, madame, C'est un fou qui s'adresse aux passions en flamme.

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