‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 165 sur 223 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Songez qu'on est encore en face d'ennemis

Qu'on a pu foudroyer, mais qu'on n'a pas soumis;

Songez que les vainqueurs, surpris de leur victoire,

Ont peur des trahisons et se hâtent d'y croire;

Et, quand un fou s'attaque aux noms les mieux famés,

Et les jette en pâture aux soupçons affamés,

Jugez si sa folie, autrefois pitoyable,

Par ce3 temps orageux n'est pas chose effroyable!

— On l'a hué, flétri, bafoué, confondu; A chaque flétrissure un crime a répondu.

Vainement les soufflets sont tombés sur sa joue; Le crime allait croissant ; le sang lavait la boue. Ceux qui l'ont offensé sont tous morts ou proscrits, Et l'épouvante enfin l'a sauvé du mépris.

CHARLOTTE

merveille incroyable, et deux fois inouïe,

Qu'un tel monstre ait pu naître, et soit encore en vie!

Que voulez-vous! les lois se taisent devant lui. Les forfaits et les lois sont en paix aujourd'hui.

— L T n jour, nous avons cru tenir notre victoire ;

Le crime était csnstant; lui-m^me en faisait gloire; Et, quand nous l'accusons, d'un commun mouvement, Quand la Convention le met en jugement, Voilà qu'il est absous, et qu'on nous rend cet homme Couronn? de lauriers, comme un consul de Rome!

CHARLOTTE

Où siége-t-il?

BARBAROUX

En haut de la Convention.

CHARLOTTE

Y va-t-il tous les jours?

5*6 CHARLOTTE COiiDAY.

BARBAROUX

Il n'y va plus, dit-on.

CHARLOTTE

Où va-t-il donc?

BARBAROUX

Il reste enfermé dans son antre.

CHARLOTTE

Et comment entre-t-on chez lui ?

Personne n'entre.

La peur des assassins le cache aux visiteurs.

CHARLOTTE

Personne absolument?

BARBAROUX

Hormis les délateurs.

CHARLOTTE

Ah! ceux-là sont reçus?

BARBAROUX

Mais quoi î que vous importe ?

Vous proposez-vous donc de frapper à sa porte?

CHARLOTTE

Moi ! quelle étrange idée î

BARBAROUX

Alors, laissons Marat.

Pourquoi toujours parler d'un pareil scélérat?

CHARLOTTE

Oui, vous avez raison; détournons la pensée De ce qui la dégrade et la tient abaissée.

Montrez-moi des héros que je puisse honorer ! Après avoir haï, j'ai besoin d'admirer.

Parlez-moi, Barbaroux, de cette lutte immense D'un monde qui finit, d'un monde qui commence;

Page 1