ACTE TROISIÈME
Un petit coin de terre, arrangé par mes mains, Mes travaux d'autrefois, et l'oubli des humains.
CHARLOTTE
Eh bien, moi, Barbaroux, mes vœux seraient tout autres.
— Si je pouvais agir comme vous et les vôtres:
« Dieu tout-puissant, dirais-je, accorde-moi l'honneur D'offrir à mon pays ma vie et mon bonheur; Plus orgueilleux encore est l'espoir qui me flatte; Permets que je les offre à la patrie ingrate, Pour que mon dévoûment, payé par des mépris, Se suffise à lui-même, et trouve en soi son prix.»
— Hélas! que deviandra la malheureuse France Si les méchants, eux seuls, ont la persévérance! Et contre leurs fureurs quel rempart aurons-nous, Si tous les gens de bien raisonnent comme vous ?
BARBAROUX
Les gens de bien! — Tenez, n'en parlons pas, Charlotte.
Les lâches! — J'aime mieux encor les sans-culotte.
Ceux-ci font preuve au moias de féroce vigueur;
Les autres, qu'ont-ils fait qui montre un peu de cœur?
Ils n'ont pas seulement ce courage suprême
Qu'un poltron aux abois trouve dans sa peur même.
Les gens de bien ! — Pas un , dans le commun danger,
Me s'est levé pour nous qui les voulions venger !
CHARLOTTE
H en apparaîtra.
BARBAROUX
Non ; pas un seul.
CHARLOTTE
Peut-être !
Je ne sais quoi me dit qu'un Brutus va paraître.
BARBAROUX
Non, non; tout dégénère, et crimes et vertus. Marat n'est pas César; personne n'est Brutus.
CHARLOTTE
Qui sait !
On entend des roulements de tambour.