‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 167 sur 223 · ACTE TROISIÈME. 2S · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME. 2S

Qu'aux penchants féminins mon cœur soit étranger.

Pour les affections le ciel nous a fait naître ,

Moi, comme une autre femme, — et plus encor peut-être !

— Mais nous ne vivons pas dans un temps régulier Qui permette à chacun son vœu particulier;

Le monde est en suspens , et la crise où nous sommes

Appelle le concours des femmes et des hommes ;

C'est un crime pour eux de rester à l'écart ;

C'est un crime pour nous d'arrêter leur regard,

Et d'amortir, au sein des langueurs amoureuses,

L'ardeur, due au pays, des âmes généreuses.

Pour moi, mon pays seul a droit de m'enflammer;

J'ai concentré sur lui ma puissance d'aimer,

Et, dévouée à tous, je donne à ma patrie

Le lieu qu'aurait un seul dans mon idolâtrie.

Enfin, je m'en suis fait une si forte loi,

Que , si l'amour était plus qu'un rêve pour moi ,

Que, si j'aimais quelqu'un, Barbaroux, — ni lui-même,

Ni personne que moi ne saurait que je l'aime.

— J'ai parlé franchement, et vous connais assez Pour croire que je parle ainsi que vous pensez.

BARBAROUX

Non pas, certe! — Autrefois, j'eus cette âme naïve.

Ma vie , et les frayeurs de ma mère craintive ,

Mes biens, mon petit champ par mon père transmis,

Mes études , mes goûts , et mes livres amis ,

J'ai tout sacrifié, sans bruit, sans plainte aucune,

Avec enthousiasme , à la cause commune.

Oh! j'aimais mon pays d'un amour inconnu.

De ce plein dévoûment quel fruit m'est revenu?

Comment m'a-t-on su gré d'un travail sans relâche,

De l'ardeur de bien faire apportée à ma tâche ?

Calomnié, proscrit, je suis un traître, moi, Républicain si pur et de si bonne foi !

Les Pitt et les Gobourg m'ont inscrit sur leur liste ! Moi qui fis le dix août, je suis un royaliste!

— Qu'un autre désormais à ce peuple insensé Prodigue un dévoûment ainsi récompensé !

Chercher des citoyens dans ces faux patriotes , Plus tyrans mille fois que les pires despotes, Dans ces républicains qui se croient tout permis , Et ne permettent rien pourtant qu'à leurs amis ,

Qui font peur pour convaincre, et, par un jeu farouche ,

Parlent de liberté , la menace à la bouche ;

Enseigner ses devoirs, en loyal précepteur,

A ce peuple crédule au plus grossier flatteur,

Rebelle aux vérités, attentif aux oracles

Du premier charlatan qui promet des miracles,

Envers ses bienfaiteurs stupidement ingrat ,

Et qui blasphème Dieu pour adorer Marat,

— C'est bien la plus absurde et plus folle pensée Dont jamais tête humaine ait été traversée !

— Celui qui veut jouer un rôle dans l'État, Que par tous les moyens il tende au résultat; Que, sachant à propos applaudir ou se taire , Il soit souple d'esprit sous un visage austère; Qu'il flatte tour à tour ou le peuple ou les rois ; L'homme né pour l'intrigue, est né pour les emplois. Mais le sévère honneur, mais la franchise auguste, La fidélité rare, et l'amitié robuste,

L'inflexible équité, la haine des méchants, Ces antiques vertus n'habitent que les champs. Pour moi, je ne veux plus qu'une affection douce, Égide impénétrable où tout affront s'émousse,

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