‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 178 sur 223 · LE COUTELIER · texte numérisé non relu

LE COUTELIER

Bien, bien. Je plaisantais. — Merci.

Il rentre dans son magasin.

SCÈNli II.

CHARLOTTE, seule , regardant le couteau.

Le voilà ! — Je ne puis en regarder la lame , Sans frissonner d'horreur jusques au fond de l'âme.

Elle cache le couteau daus son sein, par-dessous son mantelet, et s'éloigne précipitamment de la boutique du coutelier.

— Ah! le projet, conçu d'abord avec orgueil, Quand il faut l'accomplir, n'est plus vu du même œil. La résolution, qui paraissait si fière,

S'arrête devant l'acte, et retourne en arrière.

Je ne voyais de loin que le pays vengé ;

Ce que je vois de près, c'est un homme égorgé.

— Enfoncer le couteau, nui-môme î Chose horrible! Puis-je donner la mort? Ai-je ce droit terrible? Quels que soient ses forfaits, ce n'est qu'au magistrat Qu'appartient le pouvoir de condamner Marat;

Et, quand les tribunaux manquent à leur office, Est-ce à moi d'usurper l'œuvre de la justice? Où s'arrètera-t-on dans ce sanglant chemin, Si chacun se fait juge et punit de sa main?

— Pourtant combien sont morts! et combien vont les suivre! Je les laisse périr, si je le laisse vivre.

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