‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 195 sur 223 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

C'est le vice ou l'excès. — Eh bien , je ne suis pas Du parti des Verres ni des Gatilinas.

DANTON

Oui, Cromwell te plaît mieux.

ROBESPIERRE

Leur liberté profane A l'air d'une bacchante ou d'une courtisane.

— J'aime le peuple; — à lui le souverain pouvoir! Mais je ne fais appel qu'à l'instinct du devoir;

Je parle au dévouement et non pas à l'envie;

Ma voix par la morale au bonheur le convie.

Quand luiront-ils pour nous, ces beaux jours fraternels?

— Quand nous ne craindrons plus les complots criminels. L'échafaud jusqu'alors est encor salutaire ;

L'homme juste, à regret, s'en fait une arme austère ; C'est aux mains des vertus qu'il remet la terreur; Il juge sans faiblesse , et punit sans fureur.

DANTON, debout.

J'entends : une façon de tuer, pastorale !

Il imite du geste la chute du couteau.

Un bourreau vertueux, pratiquant la morale!

ROBESPIERRE, allant très-près de Danton.

Il est vrai que septembre y va d'autre façon,

Et peut, quant aux bourreaux, nous faire la leçon.

Il revient du côté de Marat.

DANTON

Ah! septembre! — C'est bien. — justice dernière ! Il me manquait encor d'indigner Robespierre.

Il va prendre son chapeau sur une chaise, a droite, puis remonte vers le Tond entre Marat et Robespierre '•

1. Marat assis à gauche, Robespierre debout à droite, Danton debout entre eux, un peu plus haut.

Puisqu'un homme sans haine et sans mauvais orgueil Ne reçoit nulle part un généreux accueil , Puisqu'on ne trouve ici, pour raison politique, Que fureur insensée ou chimère emphatique, Adieu. — J'ai pu faillir. Dans le feu des combats Quel est le combattant qui ne s'emporte pas?

Mais la postérité dira, pour être juste, Qu'un souffle humain sortait de ce poumon robuste ; Qu'implacable au superbe , et clémente au vaincu , Ma colère au combat n'a jamais survécu.

Il sort par la gauche.

Page 1