‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 212 sur 223 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

BEROÉ.

C'est la source, ô belles courtisanes, Des bronzes de Corinthe et des urnes toscanes.

Donnés par des gens laids, }es -cadeaux sont trop chers.

Je ne mesure pas l'amour aux dons offerts.

Que celle qui voudra l'or et la perle rare

Au poète amoureux ferme sa porte avare ;

Il ne vient pas chargé de la pourpre de Cos ;

Il n'a que ses chansons et les donne aux échos;

Mais les dieux sont pour lui ; la Muse délicate

Lui conseille les mots dont la grâce nous flatte :

La Muse, femme aussi, sait le cœur féminin,

Et par quel art secret s'y glisse un doux venin.

Va, je suis autrement que les femmes vénales;

Je hais l'esprit commun et les phrases banales;

Je yeux, pour reconnaître et nommer mon vainqueur,

Qu'il s'ouvre par mon âme un chemin à mon cœur.

L'amour ne connaît pas d'éternelles ivresses;

Pour lui , la causerie a de calmes tendresses :

Et quel plaisir alors d'écouter longuement

La source qui murmure aux lèvres d'un amant,

Ou bien d'accompagner sur sa tremblante lyre

Les chants harmonieux que soi-même on inspire !

Tel l'amour des oiseaux fait résonner les bois.

Les chants et les amours ont dû naître à la fois.

— Et puis, ô Beroé, n'est-ce pas quelque chose

Que l'immortalité dont la Muse dispose?

La soie et les bijoux ne plaisent qu'un instant;

Demain sera fané ce péplum éclatant;

Mais les vers du poëte échappent aux outrages.

Hélène aux beaux cheveux vivra dans tous les âges ;

Tant qu'on reconnaîtra l'empire de Vénus, Lesbie et Lycoris auront des noms connus; Et, partageant l'honneur de sa muse applaudie, Toujours avec Horace on nommera Lydie.

— Ah ! Beroé ! j'entends des pas, c'est lui qui vient. Abaisse les rideaux ; leur ombre me convient ; Dans les plis de la pourpre une lumière éteinte Sur les traits adoucis jette sa demi-teinte.

Elle écoute.

Ce n'est pas lui. — Déjà faire attendre I Inconstant ! Il m'attendait jadis, et c'est moi qui l'attend.

BEROÉ, montrant la clepsydre.

Mais, madame, voyez : l'heure est passée à peine.-

LYDIE

Ah! il la devançait jadis. Excuse vaine !

L'excuse n'appartient qu'à des amours lassés. Quand on n'aime plus trop, on n'aime plus assez.

— Il ne viendra jamais, te dis-je. — Et que m'importe! S'il venait à présent, je fermerais ma porte.

Je ne veux plus le voir. — Tiens, brouille mes cheveux ! Ces anneaux irritants blessent mes doigts nerveux ; Arrache-les! — Arrache en même temps ces gazes! Déchire, brise tout, foule aux pieds ces topazes! Oh! je voudrais qu'il vînt, pour fermer les verrous!

— Attends! c'est lui.

Avec joie.

C'est lui, fidèle au rendez-vous!

Entre Horace.

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