SCÈNE PREMIÈRE
LYDIE
Ah ! Beroé ! l'amant à qui je voudrais plaire N'est pas un chevalier, n'est pas un consulaire; C'est pour Horace, fils d'un esclave affranchi, Que brillent ces bijoux sur mon sein enrichi.
BEROE.
Pour que vous l'aimiez tant, il faut bien qu'il vous aime!
LYDIE
Le volage ! partout il soupire de même.
BEROÉ.
Alors, il est fort riche, et les écus romains Comme des gouttes d'eau glissent entre ses mains?
LYDIE
Il est pauvre. Il aurait les trésors du Pactole, Que je ne voudrais pas accepter une obole.
BEROÉ.
Pauvre ! fils d'affranchi ! volage dans ses goûts ! Médiocrement beau! — Pourquoi donc l' aimez-vous?
LYDIE
Je ne sais pas. Je l'aime.
BEROÉ.
l'étrange faiblesse!
Eh quoi! sourde aux soupirs de la jeune noblesse. Vous fermez votre seuil aux Drusus, aux Pisons,
— Pour qui? — Pour un poète, un faiseur de chansons!
LYDIE
Que veux-tu!
BEROÉ.
Marcius descend des rois antiques ; Vingt images d'aïeux illustrent ses portiques ;
— Qu'en dites-vous, madame?
LYDIE
Eh ! que m'importe à moi Qu'ayant des goûts d'esclave, il descende d'un roi! Je refuse ma couche au petit-fils d'Énée , Dont le regard est trouble et l'haleine avinée.
BEROÉ.
Et Cérinthe? Il est beau!
LYDIE
C'est vrai ; mais il est sot.
Sa bêtise orgueilleuse éclate à chaque mot.
BEROÉ.
Galaïs?
Galaïs, dont le talent unique Consiste à bien draper les plis de sa tunique!
BEROÉ.
Préférez-vous Rufus?
LYDIE
Nul n'a le goût plus fin Pour discerner d'abord une huître du Lucrin.
BEROÉ.
Claude est un cavalier comme l'on n'en voit guère.
LYDIE
Il perd tout son mérite en mettant pied à terre.
BEROÉ.
Prenez un sénateur grave dans ses propos.
LYDIE
C'est ennuyeux.
BEROÉ.
Prenez un fermier des impôts.
LYDIE
C'est trop laid.