‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 214 sur 223 · SCENE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCENE DEUXIÈME

Le bonheur est d'aimer et de dire qu'on aime. Les doux chuchotements qui s'éveillent la nuit, La main mal dérobée au baiser qui la suit, Voilà les jeux charmants , et la fête éternelle Qui ne lasse jamais, toujours vieille et nouvelle.

— Toi , Mécène , chargé du poids de nos destins , Tu veilles sur l'empire et les peuples lointains; Tu prépares notre aigle aux guerres que projette Le Cantabre indocile ou l'errant Massage te.

Mais quoi ! les dieux prudents nous voilent l'avenir.

Quel lendemain suivra le jour qui va finir?

Nul ne sait; y songer est un souci frivole.

Cependant le temps fuit; la jeunesse s'envole,

Emportant avec elle et les joyeux discours ,

Et le sommeil facile, et l'âge des amours.

Donc , puisque la jeunesse est chose si légère ,

Cueillons, quand il est temps, cette fleur passagère.

Le sage, ô ma Lydie, obéissant aux dieux,

Jouit de leurs bienfaits , qu'on regrette étant vieux ;

Il est content , s'il tient des Muses de la Grèce

Un souffle , tout léger, pour chanter sa maltresse ;

11 ne dédaigne pas les mets exquis, non plus

Qu'un vin mis au cellier sous le consul Tullus;

Mais c'est l'amour surtout, c'est l'amour qui l'enchante,

— L'amour que je maudis , quand Lydie est méchante.

LYDIE

Ah! trattre! tes discours seraient mieux accueillis, Si tu n'en disais pas tout autant à Phyllis.

xMoi ! c'est faux.

LYDIE

Pour Lydie , on a quitté Mécène ; i. 24

Mais à quitter Chloé l'on aurait plus de peine.

HORACE

Chloé ? Fi donc ! — Je prends tous les dieux à témoin Que je n'ai jamais vu la Chloé — que de loin.

LYDIE

Le serment est facile à vous autres parjures.

HORACE

Ah ! j'ai peu mérité ces cruelles injures !

A quoi sert l'innocence! — gardien des serments,

Que je sois foudroyé, Jupiter, si je mens!

LYDIE

Eh bien, oui, je te crois; j'ai besoin de te croire, Horace, mon amant, mon poète, ma gloire!

— Je t'aime.

Horace est à genoux devant elle ; elle lui passe un bras autour du cou.

C'est l'effet de quelque enchantement; Ce n'est pas naturel d'aimer si follement.

Reste ainsi prisonnier dans mon bras qui t'enlace ! Nous allons t'enchaîner, volage, à cette place.

— Je t'aime. Mes regards, de toute leur longueur, S'enfoncent dans tes yeux et vont chercher ton cœur ; Je voudrais me changer en rayon de lumière,

Afin d'y pénétrer, moi-môme , tout entière.

— Ne me regarde plus, j'en perdrais la raison.

Horace fait un mouvement pour se lever.

Non , non ; ne bougez pas. Vous êtes en prison.

— Tu n'aimes pas Chloé, n'est-ce pas?

HORACE

Dieu m'en garde!

LYDIE

Elle est laide.

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