‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 218 sur 223 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

LYDIE

C'est affreux! c'est indigne!

Je jure d'effacer cette maudite ligne.

Il lui prend la main

Lydie !

LYDIE, retirant sa main.

Ah! laissez-moi.

HORACE

J'ai des défauts; d'accord.

J'aime trop les plaisirs, et l'excès est un tort. Hélas! je veux en vain combattre ma nature; Mes plus fermes desseins s'en vont à l'aventure. On m'entraîne au moment où je me corrigeais; Un rayon de soleil fait fondre mes projets; Je ne puis voir passer dans la rue une robe, Sans regarder un peu le pied qu'elle dérobe.

— Mais, pour être léger, je ne suis pas méchant; Je suis vraiment navré de ton chagrin touchant, Ht me regarderais comme trois fois infâme,

Si je riais des pleurs que répand une femme.

— Voyons! ma chère enfant!

LYDIE, se levant et s'éloignant d'Horace.

Laissez-moi! laissez-moi!

HORACE, la suivant.

Je t'aime.

LYDIE

Taisez-vous!

HORACE

Et je n'aime que toi.

Ces vers ne prouvent rien. Fiction poétique! 11 fallait un ïambe à mon vers alcaïque :

Lydie est un dactyle ; en mon vers fourvoyé , Le cœur disait : Lydie ; et le rhythme : Chloé.

LYDIE, jetant par terre les tablettes qu'elle foule à ses pieds.

Périssent donc les vers , l'ïambe et les poètes ! Puissé-je les fouler, tous , comme ces tablettes !

HORACE

Ivoire infortunée! on te brise les os.

LYDIE

A ta chère Chloé portes-en les morceaux.

HORACE

Des vers perdus ! pas un dont je me ressouvienne !

LYDIE

Tant mieux. Je les voudrais dans la mer Caspienne. Oh ! les poètes ! race égoïste et sans frein , Qui sacri (Irait tout pour un méchant quatrain !

HORACE, entre ses dents.

Méchant quatrain !

LYDIE

C'est bien la pire espèce d'hommes Que nous puissions aimer, ô folles que nous sommes ! On les croit généreux, tendres et délicats; Ils ont un sens exquis que les autres n'ont pas; Dans un monde inconnu leur amour nous fait vivre; Bah ! ces enchantements ne sont que dans leur livre. Fiction poétique ! Au fond , vous les verrez Terrestres comme un autre, et pas plus éthérés. Us ont tant dépensé de feux pour les déesses , Qu'ils n'en ont plus du tout pour de simples maltresses, Et, tant d'amour en vers épuisant leur vigueur, L'imagination a ruiné le cœur.

C'est pour cela qu'ils ont l'humeur si vagabonde : Comme ils n'aiment personne , ils aiment tout le monde.

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