‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 3)Chapitre 75 sur 223 · ACTE PUBHIEB · texte numérisé non relu

ACTE PUBHIEB

LE MOINE

Je viens au sujet de la reine.

PHILIPPE

Mors expliquez -vous, moine; car la voici.

LE MOINE

Je ne vois pas la reine ; — elle n'est pas ici.

PHILIPPE

•Comment !

LE MOINE

Sou venez -vous, ô roi Philippe-Auguste, De celle qui languit dans un exil injuste.

La reine, votre épouse, à qui Dieu vous a joint, Cest madame Ingelberge; — ailleurs il n'en est point.

PHILIPPE

Ah! tu viens de sa part! — Eh quoi! que me veut-elle? Tout est dit. Je suis las de sa plainte éternelle. Qu'elle parte! qu'elle aille, en ses glaciers du Nord, Retrouver, loin de moi, l'hiver dont elle sort! Qu'elle parte! et je mets<, sur la nef qui l'emmène, Une dot qui vaut plus que le plus beau domaine. Mais qu'elle parte ! — Va ! son nom m'est odieux.

AGNÈS

O Philippe, sois -lui miséricordieux!

Laisse les mots amers pour la pitié meilleure. Après t' avoir perdu , je comprends qu'elle pleure ; Elle est bien malheureuse. — Il faut, par la douceur* Tempérer des refus qui lui percent le cœur.

Philippe fait signe au moine de sortir LE MOINE.

Seigneur, vous ignorez mon sacré caractère.

— Vous voyez devant vous un légat du saint- père.

PHILIPPE

Un légat du saint -père!

AGNÈS

Un légat!

LES BÀRO.NS.

Un légat !

LE MOINE, s'avançant vers Philippe.

Roi , vous avez péché par un double attentat.

Il vous a plu d'abord de choisir Ingelberge ;

Vous avez à l'autel conduit la jeune vierge ;

Vous avez devant Dieu fait serment , à genoux ,

De la prendre pour femme et garder avec vous ;

Et cependant , trois mois s'étaient passés à peine ,

Vous ne la traitiez plus en épouse ni reine ;

Et de brusques dégoûts, injustement conçus,

Effaçaient vos serments , que le ciel a reçus.

Vous avez , alléguant un prétexte sans force ,

Au secours du parjure appelé le divorce ;

Et , chose déplorable à dire ! il s'est trouvé

Des prélats complaisants qui vous ont approuvé !

— Sire, ce que Dieu joint ne doit plus se dissoudre.

Le divorce est impie, et rien ne peut l'absoudre.

Vous fûtes criminel, quand vous avez banni

Celle à qui pour jamais vous vous étiez uni,

Et votre hymen nouveau , sire , est un nouveau crime

Qui, par la fausse épouse, exclut la légitime.

En vain vous vous couvrez d'un arrêt du clergé;

L'arrêt n'existe pas. — Rome n'a pas jugé.

Rome n'a pas jugé ! Pourquoi donc son silence A-t-il, pendant cinq ans, accepté la sentence? Pourquoi n'a-t-on rien dit, quand j'allais m'engager?

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