‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 4)Chapitre 104 sur 112 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

— Vous reculez, saisi d'un tardif repentir, Devant l'abîme ouvert qui va tout engloutir.

Et croyez qu'un remords doit vous rendre l'estime De ceux que vous avez poussés dans cet abîme ; Mais vos imitateurs s'avancent sur vos pas; Où vous vous arrêtez , ils ne s'arrêtent pas, Et l'émulation de leur sanglant délire Recule, chaque jour, les limites du pire. En vain, vous reniez leurs excès triomphants. Ils sont nés en septembre , et ce sont vos enfants.

Danton tressaille; Charlotte continue d'un ton plus doux.

Crest votre châtiment de voir votre impuissance Contre un débordement qui prit chez vous naissance, Et de voir qu'incrédule à vos premiers remords , On ne vous tient pas compte , ailleurs , de vos efforts.

— Soumettons-nous tous deux, Danton, à notre peine, Et sachons accepter, moi la mort, vous la haine.

Je ne puis, en retour de mon propre attentat. Que mourir d'une mort inutile à l'État; Vous, plus heureux que moi, pour expier les vôtres, Yivez, Danton, — vivez dans l'intérêt des autres. Sauvez vos ennemis , quand même vous savez Qu'ils vous outrageront dès qu'ils seront sauvés.

LE GEOLIER, rentrant,;! Charlotte.

On attend.

CHARLOTTE, posant la main sur le bras de Danton.

Méditez ces leçons de la tombe.

Elle va vers la porte ; là, elle s'arrête, et fait un geste d'adieu à Danton.

Adieu, Danton.

Elle sort avec le geôlier. — On voit, par la porte ouverte, les gendarmes qui l'emmùnent.

:^:;o CIIARI.OTTI- COnDAV.

DA.N'J'ON, seul, ot suivant des yeux Charlotte.

Kiiroie une tète qui tombe !

— J^lle aujourd'liui! — Deiuain les giroiulius! — l^iis moi!

— Puis les autres! — Telle est l'inévitable loi.

— (l'est terrible et c'est grand. Soldat de son idée, (ihacun meurt ])0ur sa loi, par son sang fécondée. Mais l'aïuvre est immortelle, et les hommes nouveaux. Maudissant les acteurs, béniront les travaux.

— Allons! jusqu'à la mort continuons la guerre!

Nous sommes encor deux; — à nous deux, Robespierre!

FIN DE CHARLOTTE Cor.OAV.

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