EN RÉPONSE A M. PONSARD
Boileau, qu'il sera toujours prudent de ne pas trop braver :
Enfant au premier acte et barbon au dernier.
L'éloge modeste et i)roportionné que vous faites de votre prédécesseur est un jugement définitif. Vous y avez mis l'accent de la justice rendue avec cœur. C'est celle qu'il méritait; c'est celle qu'il eût désirée, si l'âge, la souffrance et la raison ne lui eussent ôté jusqu'au souci de ce qui se dirait tle lui après si mort.
Gela nous met bien le in de ce qu'on a raconté de sa complaisance un peu gasconne pour lui-même. Le Irait que vous en avez cité remonte bien haut. C'est du temps que Napoléon \"\ lui parlant iïOmnsis dans les jardins de Saint-Cloud. le louait de ses vers, un peu parce qu'il les trouvait bons, un peu pour faire passer de piquantes critiques de ses caractères. Si M. Baour- Lormian s'estimait trop alors, il f .ut s'en prendre au temps, à l'ivresse d'un tel suffrage, à l'étourdissement du succès dans notre pays, et, s'il n'y a pas là une vieille médisance, à la Garonne. La vanité est, de tous nos défauts, celui qui est le moins à nous. Il nous en vient de nos ennemis qui, pour vouloir nous rabaisser, nous poussent à être plus que justes envers nousmêmes. Il nous en vient aussi de nos amis, des uns par leur trop d'indulgence, des meilleurs par le plaisir même qu'ils ont à louer ceux qu'ils aiment. Dans les dernières années de la vie de M. Baour-Lormian, amis et ennemis, et la vanité qui lui était venue d'eux, tout l'avait ([uitté. Il survivait à tous ceux qui avaient parlé
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(le lui, et il roslail seul. irjillciHhml plus rien dc> liomiiies, et s'éludiiiiil . non plus pou!" connaîlre ses loi'ces, dont il n'a\ai( |)lus (pie faire, mais pour se rendre ses comptes ;i lui-inèine. et démêler <lans son a\oir ce (pii a\ail ai)pailenu au\ aiilres el ce (pii lui a|)partenait en [ji'opre.
C'est sous ces traits du j)oëte Hnissant en sai»e que^ ie Tai connu pour la première fois. Les inlirmités et la pauvreté avaient lait de sa reti'aile une solitude si j)rolonde. (pTil n'v a\ait i^uèiv de chance (pie la pî'emière' \isite n'y lut pas intéressée; mais. (\b> la seconde, on s(^ sentait attiré par C(^ (pi'il y a d'auiiuste dans un vieillard qui s'achemine \ers la moi't dans la soutfrance et l'abandon, et par le charme de ce ])on sens de la vieillesse éclairée et élevée par les lettres, bon sens dépouillé, comme on le dil des nîcuv aIus. sans illusions, mais sans aii;reur contre (vu\ auxquels il sied encore d'en avoir. 8i. par moments, il lui arrivait de laisser perceur quehjue reste du vieil homme, la faute en était ii ceux qui le mettaient en cette tentation; c'est f(u'on lui parlait de son passé, de son Omasis, que l'Empereur a\ail criti{pié; c'est (pi'ou secouait devant lui les laml»eau\ (1(^ [>ourpre de sa jeunesse. 3fais son bon sens rejH'enait bientôt le dessus, et c'est lui-m(''me qui chassait de sa main ces flatteuses imai-es, avant (pi'il se iiuMàt du regret au plaisii' de les revoii*.
Poëte juscpie dans l'extivine \ieillesse, la poésie lui servait connue d'une musi(pie harmonieuse pour bercer ses souffrances, ou comme d'un langage plus intime [)!)(ir se parler de p\u> pivs ;i lui-même, (l'est ainsi que
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1(3 dernier jour Ta ti'omé. rejoignant sa jeunesse à sa vieillesse par les gi'àces de ses dei'niers vers, et parlant de Dieu avec un ser^iteur fidèle dont la foi simple l'aidait à mourir dans les suprêmes espérances.
Si rxicadémie Française a le privilège d'inviter une société d'élite au\ réceptions de ses membres, ce n'est [)as sans doute poui" faire elle-même ses honneurs, c'est pour en tirer occasion de rendre quek[ue témoignage nouveau de la vertu des lettres. Cette séance nous en offre deu\ exemples illustres. L'un est celui d'un poëte qu'elles ont amené, jeune encore, à l'honneur littéraire le plus insigne, un siège à l'Académie Française, par des succès qui pouri'aient n'être que le gage de succèsencore plus grands; l'autre est celui d'un vieillard, poëte aussi en son temps, et poëte très- applaudi, au- (juel les lettres avaient appris à supporter l'oubli , à se résigner à la douleur, à être pauvre avec dignité, à se voir délaissé par les hommes sans les accuser. De ces deux exemples, vous approuverez. Monsieur, que j'aie fini par le dernier un discours dont vous êtes le principal sujet. Nous avons devant nous bien des jours pour montrer en votre personne cette vertu des lettres , à un âge oii elle inspire les beaux vers et relève le prix de toutes les choses heureuses; nous n'avions qu'un jour, et que ce moment-ci, pour montrer dans votre prédécesseur combien plus encore éclate cette vertu quand, après avoir fait la célébrité du poêle , elle est restée sa seule femille. sa seule richesse, sa seule amitié.