‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 4)Chapitre 10 sur 112 · I-N RÉPONSE A M. PONSARD · texte numérisé non relu

I-N RÉPONSE A M. PONSARD

(le ces peintures morales l'intérêt de Taction; mais, s'il nous fallait choisir entre les deux, nos préférences seraient pour le premier.

De plus, nous voulons que ces études du co'ur humain se personnilient sous les traits d'hommes qui plaident la cause de leur passion, non pas en avocats, ce serait trop long, mais en gens qui en savent niieu\ que personne le foit et le faible, et qui ne négligent rien pour la gagnei'. De là . la tirade. La tirade est le plaidoyer en vers, \ainement les mauvaises nous ont gâté les bonnes; nous ne nous accommodons pas volontiers d'une tragédie sans liiades.

Ce n'est pas tout . nous y voulons encore, non pas toute espèce de bons vers, mais les bons vers qui ne montrent pas le poëte dans le personnage. C'est assez qu'on l'y entrevoie. Le vers lyrique, le lu\e des images, sont d'un homme (pii tient plus à être écouté (|u ii gagner sa cause. Le vers (juc nous voulons, c'est ce vers précis, nerveux, raisonneur, qui a plus de traita que d'images, poétique pourtant, s'il est convenu qu'un poëte doit être tl'abord un bon écri^ain en vers.

Enlin, les personnages de cette tragédie (!oivent être historiques, et plutôt empruntés à l'histoire connue de tout le monde, (ju'aux anecdotes qui ne le sont que des savants. Nous les voulons, conjuie vous le dites, au-dessus du niveau commun. Est-ce seulement par cette curiosité banale, qui nous fait tourner des yeux ébahis vers tout ce qui s'élève au-dessus de nos tètes ? Nullement : c'est parce que nous attendons de ces personnages plus de révélations sur le cœur humain; c'est

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parce que. mettant j)lus d'esj)!'!! et plus de science de la vie au service de leui's passions, ils nous instruisent mieux de ce que la passion emploie d'adresse pour persuader qu'elle est la raison ; c'est enfin parce qne , parlant de plus liant , leurs paroles portent plus loin et \ont à plus d'oreilles.

Vous avez donné raison à notre goût. Monsieur, par la façon dont vous l'avez contenté. Des caractères qui s'analysent tout en agissant . des personnages pleins de leur passion, des causes plaidées avec éloquence et gagnées, des tirades (pi'on ne trouve pas trop longues ^ de beaux vers oii l'écrivain contient le poëte sans l'éteindre, des noms historiques, })résents à toutes les mémoires, voilà ce qui vous a coïKjuis le genre de popularité le plus en\iable, la popularité moins la mode.

Pour ne parler ni de Lucrèce, qui est restée une date littéraire, ni iV Agnes de 3Iévanie, })0ur qui les promesses de JAicrèce nous ont rendus trop dilTiciles , n'est- il pas à votre gloire ([ue la meilleure de vos tragédies, Charlotte Corday , soit celle dont le sujet se prêtait le moins à toutes ces convenances? Que de diliicultés s'y ajoutaient à la difficulté de faire une tragédie? Ces gens-là vivaient hier; nous savons des vieillards ([ui les ont vus, et qui en ont gardé comme une sorte de tremblement : il fallait les placer dans im lointain favorable à l'illusion du théâtre. Ils ont tenu dans la langue de tout le monde des discours que l'histoire a recueillis : il fallait les faire parler en vers avec une vérité qui cachât l'invraisemblance. Ils avaient à païaître de^ant des speclateurs (jui les ont déjà jugx'S dans leur

EN KIM'OXSl- A M. PONS A RI). 3'.»

cœuv : il fcilhiil raineiK'r doucement ces juges prévenusà l'inipartialité (le l'art. Enfin, pour condition première, vos personnaiivs étaient tenus de remplir toute leur renonunée.

Bonne ou niauxaise. tous Font remplie. (]e sont liien là ces liii'ondins, si téméraires comme parti, si aimables comme lioiiimes. pour lesquels il se fera toujours, dans la justice de notre pays, comme une compensation de leurs illusions par leurs vues généreuses, de leurs fautes par la beauté de leur mort, ^'()us les a\ez peints dans un moment où vous risquiez de nous les rendre trop cliers : c'est le moment suprême oii . exaltés par l'approche de la catastrophe . ils insultent ix l'échafiuid dont ils n'ont pas su se défendre. Vous avez réussi à ne les rendre qu'intéressants. Vous avez voulu que l'enseignement de leur vie fût le même dans votre drame que dans l'histoire, et (piils y parussent, tels ((u'ils ont été. victimes de leurs propres exemples, et plus vaincus })ar leurs fautes que par leurs ennemis. Nos vers nous ont rendu les fleurs de leur brillante parole. J'y louerais même celles qui peuvent paraître (U^ trop : c'est un trait de vérité locale.

On pense aux maîtres et aux plus grands, en lisant l'admirable scène où Danton. Robespierre et 3Iaiat . réunis dans la chami)re de ce dernier, délibèrent sur ce ([u'ils feront de la République tombée entre leurs mains. Vous êtes historien et pot'te quand vous faites parler ces trois honnnes qui, à peine vainqueurs de leurs ennemis communs, se sont insupportables l'un à l'autre, et (pu, venus en apparence pour se mettre d"accord, ne

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l'ont que se mesurer du ic.ujud \Hn\v l;i hitic ii luori ii hujuelle ils sont préparés. Jl y a du sani,^ dans toules leui's j)aroles. Danton en a eoinnie le cœur soulevé; 3Iarat en a soif connue dun calmant pour la lièvre qui le consume; Robespierre ne veut pas dire encore comhien il lui en faudra. ^lais, dans la répulsion (|u"ils inspircnl tous les trois, il est des degrés que vous a\('z manjués avec la fidélité de l' histoire. Marat cause presque plus de stupeur que d'aversion; on veut le croire fou. |)oui' n'avoir pas à lui porter plus de haine que n'en contient le cœur humain. Danton, par son retour à la générosité, e\cite une secrète sympathie dont on a honte. Pour Robespierre, il nous fait sentir (pielque chose de cette crainte inouïe (pie connurent nos [)ères et qui s'appela la Terreur, crainte d'un péril hypoci'ite et incomiu. où le mépris se mêlait k l'angoisse, et qui fit. plus d'une fois, envier les morts par les survivants.

Il vous a été bon d'être [)lein du grand (lorneille, (piand vous avez eu a tracer le caractère de celle qui ne fut pas moins une fille de son esprit qu'une héiY)ïne de son sang. Tous les traits de cette peinture sont dignes de cette vierge si terrible et si charmante. Tout ce qui, dans l'acte sanglant où elle crut avoir pour complice la conscience même de la France, nous touchera et nous troublera toujours, admiration pour son courage , attendrissement sur son sacrifice , quelque chose de moins que l'horreur pour le meurtre, quel(|ue chose de plus que la pitié pour le meurtrier, vous l'avez exprimé avec une vérité poignante. Vos vers ont commencé , pour Charlotte Corday , la popularité de la

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k'gende, et, si s(3ii caractère était de ceux qui peu veut grandir avec le temps, je dirais qu'elle a grandi depuis que vous lui avez uiis au front l'auréole de la poésie durai )le.

Une image brillante de la haute comédie a fait l'immense succès de l' Honneur et l'Argent. Là, comme dans vos tragédies, on a})plaudit d'heureuses études morales, des personnages qui plaident éioquenunent leur cause, de belles situations et. j)armi de l)ons vers, les meilleurs de tous, ceu\ qui, par un côté, sont des vérités de situation, et, par l'autre, des vérités de cœur humain, fe mot du moment et le mot de tous les temps. Je sais que la critique fait des réserves. Elle voudrait que les situations fussent plus souvent l'enèt nécessaire de caractères plus réels. Ces réserves, oii l'on vous conseille ce qu'on espère de vous, méritent (|ue vous les preniez en considération. Dieu me garde de vous donner des scrupules sur vos habitudes de retraite studieuse au foyer maternel! JMais, en fait de comédies, les types en seront toujours au |)lus épais de la mêlée parisienne. Les héros de la tragédie peuvent venir d'eux-mêmes vrsiter le poète dans sa })rovince ; témoin Cinna , les Horaces, Polyeucte, qui apparurent au grand Corneille dans sa petite maison de Rouen. ]Mais les héros de la comédie ne sont pas si commodes. 11 faut les aller chercher de sa personne au milieu du monde, et à Paris, où se trouvent les plus illustres. Molière ne s'y prenait pas autrement, quand il avisait certains de ses personnages parmi les courtisans qui tourbillonnaient autour de Louis XIV. On l'appelait le contemplateur, parce

42 DiscoLijs Di: AI. 1)1^: S lin': nisaud

(liiil ('laif sans cesse à contempler (jnekju'un qui posai! <le\ant lui, sans s'en douter. Si donc. IMonsieur, vous Nouiez satisfaire les plus didiciles. imitez les peinti'es (|ui rapportent dans l'atelier les esquisses prises au delioi-s dont ils leronldes tableaux ; euiporlez de I^u'is de \ iiioureuses ébauches, pour en faii'c des portraits à Vienne.

L'aui^uste sulliaiie (jue vous a valu, dès la première représentation, votre comédie de la liourse, en est l'appréciation la plus juste. Ce que le public y ap|)laudil en effet, ce sont les nobles sentiments qui vous l'on! inspirée. On dit. ii la mérité, que tout est plus vilain i» la vraie Bourse, choses et gens; mais, en entendant vos \i\QS sorties satiri(|ues contre le mal du temps et ces iieureux vers qui soulagent les honnêtes gens et intél'essent leur esprit aux répugnances de leur probité . on oublie que le tableau pourrait être [)lus fidèle.

Vous nous avez fait yoïv les malheurs (\e<, gens qui poursuivent la fortune aléatoire. 11 serait beau de nous montrer le bonheur de ceux qui ratteign<'nt. C'est de ce côté-là que l'enseignement de la comédie serait efficace et que le rire serait moral. Le })ublic croit médiocrement aux cataslro[)hes de ces pai'venus du hasard; mais il est tout près de les croire plus heureux et de les faii'e plus riches ([u'ils ne sont, par cette failtlesse de notre nature qui nous porte à enfler le bonheur de ceux (pie nous en\ions et à diminuer les misères de ceux ([u'il nous faudrait plaindre. Je voudrais qu'il \()\\< |)lùt de peindre un de ces heureux au moment le plu> beau, quand il est ti'ancjuillement assis sur la roue de la Fortune, qui s'est arrêtée pour lui. Je voudrais ({ue

i:X RÉPONSE A M. l'OXSARI). 43

\()s vers nous lissent lii'e dans le cœur de cet honnne pom' qui tout visn.^e est eelui dun héritier impatient ou d'un parasite, et dont le triste bonheur est de eonnaître la lin dun plus iirand nombre de jouissances, et d'être impuissant pour ])lus de choses.

Ce sérail Turcaivl. non j)Ius siinpleiuent ridicule, celui-là n'est plus à recommencer, mais ïurcaret misérable, et il a dii l'être. On n'est pas joué ainsi, volé, insulté, on ne sent pas se retourner contre soi-même les pointes de la vanité dont on blessait les autres, sans beaucoup soufTrir. Le Saiie a bien pu s'en douter, lui ([ui a tout su de la vie humaine; mais il a baissé la toile sur Turcaret ridicule, laissant à (piekpie successeur la tache de suivre le pauvre traitant, rentré chez lui, en face de lui-même, tout saiiinant de blessures que l'arfient ne iiuévii pas. S'il y a là un legs de Le Sa,e;e , vous êtes diiïne, 31onsieur. de l'accpiitter.

Vos succès dans la tra.iiédie vous donnaient ])ien le droit de nous exposer vos doctrines sur ce iirand art. Ces doctrines ont un mérite rare : elles sont des doctrines, et non pas un système. Vous n'y donnez pas vos exemples poiu' rè.des. et. au lieu dune théorie superbe de ce que la traiiédie exiiic du j)ul)lic. nous a^ons une appréciation élevée de ce que le public demande à la tratiédie.

Vous craiiiuez que. sur ce jjoint. votre discours ne sente la réaction. Rassurez -vous : les idées que nous venons d'entendre ne sont i)as inspirées })ar un es[)rit de réaction; elles sont d'un libéral.

S'il est vrai (pie chaque époque impose au poëme

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(Iraniati(|iio ses usages, ses préjuijés, son loin- dVspiil, et, eoiiiiiic \()iis le dites énerii:i(jU('iii('iil . son jaiiron , eelui-lii nCsI-il pas un libéral cpii vcnl défendre le poëte contre celte serxiUide et faire planer le poénie dramatique au-dessus des convenances passagères du pays, de la mode et du moment?

Et de même, si les intrigues compliquées du drame à effet, les incidents, l'inq^révu, les coups de théâtre, en ne laissant pas de place, dans le poëme dramatique, aux dévelopj)emenls des caractères et à la peinture des passions, lui ôtent toute la matière du beau et tout le nerf des vers, le libéral n'est- il pas celui qui conseille au poëte de chercher l'edèt dans les grandes voies du heau, et de faire des vers (jui durent?

Si tel est le libéral, il y a vingt-cinq ans. il jx^tait un autre nom : on le qualiliait de classique.

Pour moi, Monsieur, puis(pie vous avez bien voulu rappeler la part {|ue j'ai prise aux nobles quei'elles de ce temps-là, querelles si loin de nous par les années, plus loin encore par le changement de nos mœurs, (piand j'osais défendre la tradition de nos grands poètes dramatiques , et in\ iter leurs successeurs à se rendre libres de tout ce qui pouvait rabaisser l'art entre leurs mains ingénieuses et puissantes, j'avais bien quelque soupçon (pie j'étais un libéral. A'os succès n'ont pas de (|uoi me faire penser que je me trompais, et ce n'est pas une médiocre obli.i^atiou que je leur ai, de pouvoir rester classique en continuant à me croire libéral.

11 y a même deux points où je le serais volontiers un peu plus (pie vous.

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Par exemple . vous ranimez parmi les eonventions surannées du théâtre les unités de temps et de lieu, et vous parlez d'un pédant d'hiei' pour fpii une tra.irédie sans les unités est un monstie.

Je n'ai pas peur d'être ce pédant ; car vos tra.uédies se mettent fort à l'aise avec les unités, et je ne crois pas les tenir poiu' des monstres.

Il y a (k'r> tragédies, vous nous l'avez appris une fois de plus, qui ont su être belles en s'affranchissant des unités; mais vous-même, vous leur préférez celles qui, en s'y soumettant, ont réussi à être les plus belles de toutes. Tels sont les deux chefs-d'œuvre de notre théâtre et de tout théâtre. Poh/eucte et Athalic. Si les unités n'ont pas nui à leur perfection, ne se poui-rait-il pas qu'elles y eussent servi '.^ Corneille nous met sur la voie, lui qui défend l'unité de temps. « non pas sur la foi d'Aristote. a-t-il soin de dire, mais parce qu'elle s'appuie sur la raison naturelle. » Voilà (pii devrait donner à penser. Et faut -il y penser longuement pour reconnaître qu'il s'agit là, non de gènes arbitraires imposées aux poètes par le caprice d'un philosophe, mais d'un degré de plus de ressemblance entre l'art et la nature des choses; et que le drame le plus conforme à cette raison dont parle Corneille, c'est-à-dire le plus semblable à la vie, est celui qui. |)ar des moyens naturels, amène dans le même lieu, au même moment, pour une catastrophe certaine, des personnages qui se poursuivent, qui ne peuvent plus s'éviter, et qui se précipitent vers un dénoûment oii chacun reçoit, comme dans la vie, le prix de ce qu'il a fait? C'est là ce que

46 DISCOritS I)i: M. DKSIKK MSAIM)

le simple cl prolond .^^('iiic {U'> îinciciis ;i\;iil cssnM' de (l'ansporlcr de In ivaliU' daiis le dniinc; cl c'csl lit ce (pio CoiMicille ot Hacinc ont iiiiih' de- nucicns en le pcrrccliomriiil.

Jr \()iidi';iis donc. .Monsieur, (pi'il iVil cncoi'c |)crinis de faire une (ra.nc>dic nicnic a\cc les unih'-s. cl je vous d(Mnandc. (Mi |>arlicidier. de htissci' ii (Corneille cl ii Hacino la lilici'lé de suhir u!i jouu (|ui parait les a\()ii' iicnés si i)eu.

.Mais. \()us avez l'aisou. il ne laiil pas. par trop daniour pour la rci^lc. se privtM' d'une licauU'. .Vussi. dans un entr'acle de voti"e Charlotte Cordai), lais-jc lî'cs-volontiei's le voyage de Paris ji Caen. en dépit des unités (le tenij)s et de lieu, pour me trouver |)arnii les invités de madame de Breîtevilie, dans ce salon où ils s'entretiennent des nouvelles de Paris, que la peur ne peut déjà plus grossir ; poui' entendre l'aïeule faire en des Ncrs charmants l'éloge <le sa petile-iille; j)our voir enlin Charlotte elle-même, enti'ant à })as modestes, au milieu <le ces douces jjaroles. et comme au nuu'mure de sa bonne renonnnée. A plus forte raison, me laissé- je ramener sans résistance de (^aen ii Paris, ii la suite de la jeune lllle l'ésolue et résignée, dans la maison de Marat , où nous pousse irrésistiblement cette terreur d'un nouveau genre qui nous fait trembler, non pour la victime, mais pour l'assassin.

L'autre point oii je serais un peu plus libéral que vous, c'est au sujet de Shakespeare. De tout ce que vous en avez dit de si brillant, je garderais ce qui est à sa gloire, et je laisserais les restrictions, non comme

J:.\ UÉl'ONSK A M. l'ONSARD. 'i7

injustes, mais parce que la ^vnW' ne les demande plus.

Le temps a élevé Shakes])eare au-dessus de la cii- {ique, peut-être parce qu'il Ta élevé au-dessus de l'éloge. Les mots mêmes de beautés et de défauts appartiennent à une langue relative, en dehors de laquelle il faut chercher des termes, si l'on tient à définir le charme ou à caractériser les ijnperfections de ces œuvres étonnantes.

Shakespeare a eu la même destinée qu'Homère. Après cette querelle fameuse des anciens et des modernes . où admirateurs et critiques , Boileau comme Perrault . ont eu le tort de se rej)résenter l'auteur de Y Iliade comme un honuue de letli'es à son jjureau , l'Homère qui demeure, c'est cet Homère transfiguré, (el que l'a représenté un grand artiste de notre temps . présidant le <-hœur des hommes de génie, et nu. au milieu de personnages dont le costume indique la nation et le siècle, comme s'il s'agissait, non de l'halùtant d'un pays ni du contemporain d'une époque, mais du génie» même de la poésie. Comme Homère, après une querelle qui a moins duré, Shakespeare nous apparaît, à son tour, dans un lointain mystérieux et paisible, se dérobant à la curiosité de l'érudition qui se fatigue à chercher un homme où il n'y a qu'une des plus grandes sources de la poésie créatrice. Avec Homère, avec Shakespeare, nous sommes sur des cimes d'où le regard n'aperçoit rien de ce qui se passe en bas. Je ne leur demande pas compte des fautes qu'ils ont pu faire. Homère, en créant un premier exemplaire de la beauté.

48 DISCOURS |)i; M. I) K S I U K NFSAIU)

(Toîi est vcmic li Icc iihmiic de \'i\\\ et de sos rèiîles. Sliakespcare en les i.^norant. Coniiiient s'étonner qu'ils soient iniparfails? Si la |)r)ésie elie-nième a dicté leurs vers, eesl une main dlionnne (jui les a écrits.

J'espère aussi (|iie lîacine n'a plus besoin d'être défendu. Dans le t('iii|)S (pie sa irloii-e. faut-il le dii'e. était une cause, \oiis Taxez servie. Monsieur. mieu\ que personne, en montrant avec éclat comment un poëte enrichit son fonds p;ii* la pratique de ce grand lionmie. conunent il sent mieux son propre cœur en méditant ce cœur auquel toutes les passions humaines ont dit leur secret, conuuent l'étude de ce beau style lui apprend à trouver et à perfectionner le sien. Vous avez bien l'aison de douter que ceux-là sachent aimer Shakespeare qui n'aiment pas Racine. Racine lui-même l'eut pensé s'il eût connu Shakespeare, et il l'aurait dit, même à Boileau.

L'admiration pour Racine n'a pas été pour peu de chose dans les mérites éminents qui assurent à votre prédécesseur une place honorable dans l'histoire des lettres françaises.

Vous avez été juste envers M. Baour-Lormian en reconnaissant en lui un poète. Il est poëte dans ses traductions par l'éclat et l'harmonie de ses vers; il l'est [)ar le sentiment dans cette tragédie (ïOniasis^ dont on citerait j)lus d'une scène si nous n'étions pas si riches en beautés dramatiques. Je doute pourtant que la pièce eût gagné en commençant à Joseph enfant. En tout cas, l'idée seule en eût épouvanté 31. Baour-Lormian; on avait encore peur en ce temps-là de ce vers de

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