‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 4)Chapitre 42 sur 112 · ACTE DEUXIÈME r · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME r

Cent soixante canons, pointés, mèclie allumée, Enfermaient le sénat clans leur ligne enflammée ; Cent mille hommes armés serraient leurs ti'iples rangs, Pour couper toute issue aux députés errants, Et , repoussant partout leur prière importune , Criaient : « Vive Marat !» et : « Vive la Commune ! » — De leur opprobre enfin par deux fois convaincus, Ils sont rentrés muets, consternés et vaincus.

Si bien qu'ils ont livré les vingt-deux !

BARBAROUX

Oui , madame.

CHARLOTTE

Trahison ! trahison ! oh ! complaisance infâme ! Révoltés criminels! faibles législateurs!

Sénat plus criminel que les conspirateurs ! Lui qui représentait la volonté publique , xNotre unique pouvoir, notre barrière unique, Lui qui n'était gardé que par sa majesté. Et qui perd tout prestige, une fois insulté. C'est lui qui, proclamant sa propre déchéance, Dans les mains de l'émeute abdique sa puissance, Et trahit mi dépôt qu'il devait, à tout prix, Restituer intact ainsi qu'il l'avait pris!

Les girondins se regardent avec étonnement. Louvet se lève, et s'approche de Charlotte , ainsi que Pétion et Buzot.

Charlotte continuant, et faisant un pas vers Barbaroux .

Mais, quand cette infamie allait être conclue, jNuI n'a donc fait entendre une voix résolue? iNul ne s'est donc levé? nul n'a dit : u Citoyens,

1, Louvet à gauche, Charlotte au milieu de la scène , Pétion derrière Charlotte, Barbaroux et Buzot à droite.

-260 CIIAIM.OTTl': CÔHDA V.

Pour qui veut être lil)i-e, eu voici les moyens:

— Home l'ut euvahie aussi i)ai- les barbares, Et le pied des Gaulois profana ses dieux Lares. Savez-vous ce qu'alors firent les sénateurs? Us vouèrent leur sang aux dieux Libérateurs;

Lt, dans les murs sacrés quand les fîaulois (Mitrérent, Leurs regards, qui chercbaient le butin, rencontrèrent Ces augustes vieillards , semblables à des dieux , Tous immobiles, tous, graves, silencieux, Assis dans le Forum, sur leurs chaises d'ivoire, En habits triomphaux, comme aux jours de victoire. Qui tous, ayant fait vœu de périr noblement. Attendirent la mort et tinrent leur serment.

— Vous dont d'autres Gaulois envahissent le temple, 0 sénateurs français, donnez le même exemple!

Et, puisque vous avez, maîtres de votre sort, Le choix de l'esclavage ou d'une noble mort, Impassibles devant les canons sacrilèges. Attendez la mitraille et mourez sur vos sièges ! »

L O U V E T, à Charlotte.

Bien, madame! — Quelqu'un a parlé comme vous.

CHARLOTTE

Qui donc?

LOUVE T

C'est Barbaroux.

CHARLOTTE

Honneur à Barbaroux !

RARRAROUX.

Mais qui donc êtes-vous, jeune républicaine, Dont la voix douce parle une langue romaine? Vos paroles, votre air, cette scène en plein champ, En pays inconnu, sous le soleil couchant,

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