‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 4)Chapitre 43 sur 112 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Semblent nous transporter aux âges poétiques

Où les dieux se montraient aux voyageurs antiques.

Je demande, comme eux, si vous ne seriez pas

Quelque divinité descendue ici-bas,

Kt si la Liberté, la déesse nouvelle,

jN' aurait pas pris les traits d'une vierge mortelle.

Afin d'encourager ceux qui n'ont pas en vain

Brûlé le pur encens sur son autel divin I

CHARLOTTE

Mon Dieu, non. Je ne suis qu'une humble villageoise;

L'habit des dieux sied mal à ma taille bourgeoise.

Descendons, s'il vous plait, de l'Olympe. — D'ailleurs,

J'avais bien mérité vos compliments railleurs.

Une fille des champs, en tribune rustique,

Dictant aux députés leur devoir politique.

C'est un jeu puéril, digne de vos dédains.

Mais je hais les tyrans; j'aime les girondins;

J'avais compté sur eux pour sauver ma patrie

De ces excès sanglants dont sa gloire est flétrie.

Oui, dans nos jours mauvais, je n'espérais qu'en vous.

Grand Yergniaud! fier Louvet! généreux Barbaroux!

En vous tous, girondins, jeune et brillante armée,

Où la vertu trouvait sa garde accoutumée!

— Désespère, ô vertu! Couvre -toi d'un long deuil. Tribune aux orateurs, veuve de ton orgueil! Longtemps, en appelant leur parole éloquente.

On tournera les yeux vers leur place vacante ;

Mais qui donc oserait s'estimer assez haut

Pour s'asseoir sur le banc où s'asseyait Yergniaud!

— Ah ! perte irréparable! Ah! qui l'aurait pu croire. Que la Convention eût dévasté sa gloire!

— Que sont -ils devenus, ces illustres proscrits?

*262 CHAHLOTTE COUD AV.

B A i\ n \ Il C> U X .

Les uns, comme Vergniaud , sont restés à Paris: Ils ont voulu prouver que ceux de la gironde N'ont pas peur diin procès à la face' du monde, Et sauront, ne fuyant ni juges ni bourreaux. Parler en accusés et mourir en héros.

D'autres sont allés voir si la France recèle Quelque orgueil dont on puisse exciter l'étincelle. Si les départements se croiront insultés Par l'aOront que Paris fait à leurs députés. Et se révolteront contre une capitale Qui confisque leurs droits, d'une main si brutale; Ou s'il est entendu que Paris désormais Représentera seul tout le peuple français. Et si l'on souffrira que ces nouveaux despotes Suppriment la province et déchirent ses votes. Yoilà ce qu'ils vont voir, madame. — En attendant. Fugitifs à travers les pays d'occident.

Alarmés en plein jour des rencontres fortuites, Comme des malfaiteurs qui craignent les poursuites, Perdus, la nuit, parmi de nouveaux horizons, Ils demandent leur route, ainsi que nous faisons: Heureux, si quelquefois une voix généreuse Vient enchanter aussi leur course aventureuse !

CHA RLOTTE.

Heureux qui, rencontrant ces nobles pèlerins, Pourrait de leur exil adoucir les chagrins! — Dites la vérité : vos amis, et vous-même, Vous êtes, citoyen, ces girondins que j'aime?

BARBAROUX

Vous avez devancé l'aveu qu'on vous devait.

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