‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 109 sur 234 · M. MERCIER, LAURE, LUCILE · texte numérisé non relu

M. MERCIER, LAURE, LUCILE

M. Mercier e:»t assis; Lucile est assise à ^os pieds; Laure est debout, de l'autre côté.

LAURE

i\Iou père, écoutez-nous! Souffrez qu'on vous exhorte, Et ne vous laissez pas abattre de la sorte.

M. MERCIER

Ah ! le gueux ! le coquin !

LUCILE

Ne vous emportez pas.

Vous vous rendrez malade, avec tous ces éclats.

M. MERCIER

Tant mieux ! Du déshonneur que la mort me délivre !

LAURE

Si ce n'est pas pour vous, c'est pour nous qu'il faut vivre.

M. MERCIER

L'infâme scélérat!

îiG L'HONNEUR KT L'ARGENT.

LAURE

Mon père, calmez-vous!

Je reconnais ses torts; — mais il est mon époux. Ménagez votre fille ; épargnez à sa femme De l'entendre nommer un scélérat infâme.

M. MERCIER, se lerant.

Dans ma famille , moi , voir un banqueroutier ! Moi qui ne déviai jamais du droit sentier!

A Lauro, qui s'approche de lui.

— Et toi, ma pauvre fille, à cet homme enchaînée. Pardonne-moi d'avoir flétri ta destinée !

LAURE

Vous avez cru bien faire, en formant ce lien. Mon bon père; il suffit. Ne vous reprochez rien. J'en accuse le sort, et non votre tendresse; Heureuse si je puis soigner votre vieillesse , Et si mon dévoûment parvient à dissiper Les souvenirs du coup qui vient de vous frapper !

M. MERCIER

(Ihère enfant!

LADRE

On se trompe aisément, et nous sommes Tous sujets, en ce monde, à mal juger les hommes.

M. MERCIER

C'est bien vrai ! les plus fins auraient été dupés ;

L'hypocrite qu'il est nous a tous attrapés.

Il possédait si bien la langue des aflaires,

Était si positif, riait tant des chimères.

Traitait la poésie avec tant de mépris.

Que j'ai cru qu'il serait le meilleur des maris.

— Toi-même, mon enfant, tu fus dupe du traître; Car, enfin, je n'ai pas parlé d'un ton de maître;

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