‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 110 sur 234 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

''' Je n'ai pas commandé; j'ai donné des avis; / Et tu les croyais bons , quand tu les as suivis. 1 — N'est-ce pas?

LAURE

Sur ce point , mon père , je vous jure Qu'il ne sortira pas de ma bouche un murmure.

M. MERCIER

Outre le bien d' autrui dont il s'en va chargé, Le drôle emporte encor presque tout ce que j'ai ! A mon âge , il est dur de se voir à la gêne , Et de perdre d'un coup le fruit de tant de peine !

Avec fureur.

Coquin ! voleur ! brigand ! banqueroutier maudit !

LAURE

Mon père ! par pitié !

BI. MERCIER

Rends-moi mon bien, bandit!

LUCILE , montrant Laure à son père.

De grâce!

M. MERCIER, d'un ton plus calme.

Ce n'est pas pour moi que je m'emporte :

— Je suis déjà vieux; riche ou pauvre, que m'importe! Mes quelques derniers jours seront bientôt passés , Et pour ce peu d'instants j'aurai toujours assez; — C'est pour vous; c'est pour toi, Laure; c'est pour Lucile. Marier cette enfant ne sera pas facile ; Comment la doterai-je? — Et le monde est si sot. Qu'au lieu de la personne, il ne voit que la dot.

LUCILE

Ne soyez point, mon père, en souci sur mon compte; A prendre mon parti, moi, je suis toujours prompte. Si l'on m'épouse pauvre, il sera bien prouvé

«48 L'HONNEUR ET LARGENT.

Qu'on m'épouse pour moi, comme je l'ai rêvé;

Sinon, je verrai fuir, sans verser une larme,

deux pour qui mon argent était mon plus grand charme.

— Quant à la pauvreté, ne vous effrayez pas;

Avec de Tordre, on sait se tirer d'embarras.

D'abord, nous renverrons vos gens, et je me vante

De pouvoir remplacer serviteur et servante ;

Puis, s'il ne suffit pas, bah! je travaillerai :

Je sais broder et coudre, eh bien, je broderai.

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