‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 121 sur 234 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LA MARQUISE

Le secret!

DELATOUR

C'est la loi de tout agent de change.

Vos opérations, d'ailleurs, n'ont rien d'étrange, Et je vous ferais voir, en montrant nos carnets. Que tout votre faubourg liante nos cabinets.

LA MARQUISE

Très-bien; mais il se faut garder des épigrammes. Le monde malveillant ne permet rien aux femmes; La piété surtout prête au rire des sots.

Et l'on aime à trouver en faute les dévots.

DELATOUR

La piété chez vous est trop pure et trop sainte Pour que d'aucun propos elle craigne l'atteinte.

LA MARQUISE

Ah! que sais-je? on dirait que les dévotions S'ajustent mal peut-être aux spéculations ; Qu'il semble que ma vue est un peu trop fixée Sur ces biens dont il faut détacher sa pensée.

Laissez dire; l'argent est chose bonne en soi.

LA MARQUISE

C'est vrai, mon cher monsieur, tout dépend de l'emploi :

Si dans mon placement le ciel me favorise,

J'ai fait vœu , sur le gain , de construire une église.

DELATOUR

Certes, voUà, madame, un gain sanctifié, Et c'est mettre le ciel avec vous de moitié.

Il conduit la marquise jusqu'A la porte du fond.

Page 1