ACTE PREMIER
Des banquiers, des marquis et des ambassadeurs; J*ai celle des portiers, laquais et revendeurs. Ainsi chacun de nous exerce son office, Monsieur vers la corbeille, et moi vers la coulisse.
PIERRE
Est-ce qu'un campagnard, pas trop malicieux, Pas un Parisien comme vos beaux messieurs.
Pourrait faire un bon coup ?
DUBOIS
Parbleu! L'autre semaine, J*ai gagné cent louis pour un fermier du Maine.
Cent louis !
DUBOIS
Cent louis, en un jour.
PIERRE
En un jour !
Plus qu'on ne gagnerait en dix ans de labour ! — Est-ce bien malaisé ?
DUBOIS
Mais non ; toute l'adresse Est de dire à propos des mots de cette espèce : Je prends dont dix y ou bien : J'ai deuic sous pour demain.
PIERRE, fouillant dans sa poche.
Deux sous! je les ai là, justement; tends la main.
DUBOIS, se lovant.
Parbleu! c'est amusant de voir un tel novice. Et je me sens enclin à te rendre senice.
PIERRE, avec joie.
Monsieur Dubois !
DUBOIS
As-tu quelque argent dans un coin ?
PIERRE
J*ai bien quelques écus gagnés de loin en loin.
DUBOIS
Quoi?
PIERRE
Sept à huit cents francs.
DUBOIS
Va me chercher la somme; Je la ferai valoir.
PIERRE, lui tendant la main.
Touche là ! Quel brave homme !
— Laisse-moi t'embrasser, pays!
DUBOIS, le repoussant.
Eh! doucement!
PIERRE
Dieu! si ça se pouvait doubler tant seulement!
Quel bonheur! — Je pourrais épouser Madeleine;
Je prendrais une ferme, à la Saint-Jean prochaine ;
J'achèterais des bœufs, des vaches qu'on trairait.
Et notre ménagère irait vendre le lait.
Ah ! comme à travailler j'aurais plus de courage !
Quand c'est pour'soi qu'on bêche, on se tue à l'ouvrage.
DUBOIS
Va-t'en! monsieur vient.
II le congédie.