LÉO
« Je destine ma fille au comte de la Môle;
Ses fonds touchent aux miens ; nous les réunirons
En un parc, le plus grand qui soit aux environs.
Pour le moment, voisin , quelqu'un m'a fait entendre
Que tes séjours chez moi blessent mon futur gendre ,
Que ce n'est pas décent, que cela fait causer.
Des sottises! quel mal y peut-on supposer?
Mais sois tranquille; attends que la noce soit faite.
Et tu viendras dîner avec moi, tête à tète.
Je te réserve un vin qui dort dans mes caveaux ;
Et nous rirons; je sais des bons mots tout nouveaux. »
Reprenant son ton naturel.
Tout nouveaux, oui!... s'il croit que j'irai les entendre! 11 peut bien les garder pour réjouir son gendre.
DELATOIR.
Et n as-tu plus revu sa fille?
LÉON
Après l'avoir Tous les jours épiée, enfin j'ai pu la voir.
(( Léon, m'a-t-elle dit, je comprends votre peine. Et je ne cherche pas à vous cacher la mienne. Que ce sincère aveu, que je fais librement.
Soit à votre chagrin un adoucissement.
Mais ne me voyez plus à l'insu de mon père; Si j'étais en prison chez un tuteur sévère.
iV2 LA BOURSE.
Peut-être mon orgueil, indigné des gardiens,
<]hercherait sa vengeance en de tels entretiens;
Mais mon père envers moi n'usant pas de contrainte.
J'aurais tort envers lui d'user d'aucune feinte;
Il se confie à moi pleinement; j'ai promis
De ne plus vous parler, avant qu'il l'ait permis.
Vous savez que pour moi ma promesse est sacrée;
Je croirais, y manquant, être déshonorée.
Adieu, Léon, mon père apprendra, dès ce soir,
Que je vous ai revu pour ne plus vous revoir.
Ne désespérez pas tout à fait; il vous aime;
Laissez agir l'absence, et le temps — et moi-même.
\dieu; sans son aveu, je ne puis être à vous;
Mais c'est vous que mon cœur eût choisi pour époux. »
DELATOUR, se levant.
Eh bien , suis son conseil ; il est très-bon à suivre : Attends.
LÉON
Attendre! ô ciel! attendre, c'est donc vivre? <)ue j'attende ! — On voit bien que tu n'as pas aimé.
DELATOUR
Qu'en sais-tu ?