ACTE PREMIER
LÉON
Je le croyais; mais rien, lettre ni messager, Depuis tantôt trois mois, ne vient m'encourager. Je rôde vainement au pied de la terrasse.
Ce paradis perdu , d*où son ordre me chasse ; Vainement je regarde aux vitres du château ; Jamais un doigt ami n'entr ouvre le rideau.
— Ah! elle m'abandonne; et déjà, chose atroce! On parle hautement de la prochaine noce.
Bî^h ! de faux bruits.
LÉON
C'est là, maintenant je le vois.
Ce que me présageaient des adieux aussi froids. Le bon sens parlait seul; Tamour faisait silence. Point de ces mots brûlants que la passion lance!
DELATOUR
Je vois tout autrement. Je ne me fîrais pas
A ces grands sentiments qui font tant de fracas.
Elle en a dit assez, et plus serait étrange;
De réserve et d'amour c'est un touchant mélange...
LKON , qui l'a à peine écouté.
Non, je ne puis attendre, en ce pressant danger.
DELATOUR
Que feras-tu?
LÉOX.
C'est fait.
DELATOUR
Quoi?
LKOX.
Je vins à songer II. 48
iU LA BOURSK.
<)ue j'avais à Paris un ami de collège
Lai tondant la main.
<)ui voudrait me servir, s il pouvait. — Me trompé-je?
DE LATOUR, lui serrant la main.
Non, certes.
LÉON
J'ai vendu ma terre aux plus offrants.
Touché par ce moyen soixante mille francs ,
Tirant son portefeuilîo.
Et je t'apporte ici mon unique ressource ,
Pour quintupler la somme ou la perdre à la Bourse.
DELATOUR, tressaillant.
A la Bourse! insensé! sais-tu ce que tu dis?
Bn di^clamant.
Fuis ce rivage avare , et ces climats maudits !
Il le prend par le bras, comme pour le pousser dohor».
Va-t'en vite, va, pars !
LÉON
Non; si tu me repoussts, J'irai cherclier ailleurs des réponses plus douces.
DELATOIIR.
Mais, pour des innocents comme toi, pauvre fou!
La Bourse est un tripot, un antre, un casse-cou.
La Bourse! mais ce sphinx, vers qui tu te fourvoies.
Pour un OEdipe heureux, dévore mille proies.
Vh! Dieu! combien j'en vois, entrés d'un air vainqueur.
Sortir pâles, muets, et l'enfer dans le cœur!
Que de pleurs, sur ce seuil jonché de banqueroutes!
Que d'imprécations dans l'écho de ces voûtf's !
— Va-t'en !
LÉON
Mais, renégat, tu blasphèmes ton dieu.