‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 155 sur 234 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, hors M. BERNARD.

JULIE

Eh ! mon Dieu ! ces détours sont fort peu nécessaires. Vous étiez à la Bourse; avant tout les affaires; C'est tout simple.

LEON, qui ne sait si elle se moque de lui on parle sérieusement.

Madame...

JULIE

Eh oui! je le disais,

Tout à l'heure, à Camille, et je vous excusais. Demandez-lui comment je plaidais votre cause,

CAMILLE

Ehl Juliel...

JULIE

Oh ! je sais ce que Ton nous oppose ; Mais pour un esprit vif la Bourse a tant d'appâts! Si j'étais homme, moi, je n'en bougerais pas.

BUe se lÔTO.

C'est là qu'avec splendeur règne la fantaisie : La fortune, en un jour, perdue et ressaisie, L'ivresse du succès, l'extrême désespoir.

L'opulence à midi, la misère le soir, L'infini, le néant, des domaines sans borne.

Des palais, un grenier, la paille humide et morne; Quels contrastes hardis ! On dirait l'enchanteur Qui transportait les gens du pôle à l'équatem-. La lampe d'Aladîn créait moins de merveilles. Que tout est fade auprès d'émotions pareilles! L'amour même est mesquin, et l'on prend en mépris Ces riens, où les amants attachent tant de prix: Une bague, un ruban, que de pleurs on inonde. Voilà de beaux bijoux pour les maîtres du monde !

LÉON

Je ne sais pas , madame , où va ce trait railleur ; Mais pour moi ces bijoux sont de grande valeur.

U quitte JiUie, et Ta rejoindre Camille.

JULIE

Vous VOUS fâchez , ingrat ! vous me cherchez querelle ,. A moi qui vous apporte une grosse nouvelle !

LÉON, froidement.

Quoi, madame?

JULIE

Je sors de chez mon oncle.

LÉON

Eh bien 7

JULIE

La paix est faite.

LÉON

Bahl

JULIE

L'on n'en dit encor rien ; J'ai juré le secret; mais l'amitié m'entraîne, Et je viens, tout courant, vous en offrir l'étrenne.

LÉON, avec joie, marchant à grands pas. i

La paix ! je l'avais dit.

JULIE

Pourtant , il est un point Qui pourrait tout brouiller, si Ton ne s'entend point.

LÉON

Mais n'y mettons-nous pas une rigueur trop grande?

JULIE

Que voulez-vous! on croit que l'honneur le demande.

LÉON

Il s'agit bien vraiment d'un point d'honneur étroit !

JULIE

J'aurais cru cependant vous y trouver moins froid.

Je conviens que la paix est toujours désirable ;

Mais n'approuvez-vous pas qu'on la veuille honorable?

LÉON

Eh ! madame ! ce sont de sonores propos.

Il importe de rendre au monde le repos ,

De rasseoir le crédit, de rouvrir au commerce

Les marchés étrangers que la guerre renverse.*.

:m LA BOURSE.

JULIE

Et de faire monter la rente, est-il pas vrai?

— J'apprends avec plaisir, par ce petit essai, Que votre âme, au-dessus des préjugés vulgaires, Sait immoler la gloire aux solides affaires.

Et que vous pourriez voir, sans jeter les hauts cris. Si la rente montait, l'étranger à Paris.

LÉON, aToc indignation.

Madame!...

JULIE, reprenant son chapeau et son mantelet.

J'ai regret de dissiper ce rêve; Mais il n'est question ni de paix ni de trêve ; J'ai tout imaginé, pour nous distraire un peu. Excusez ma folie , et bonne chance au jeu 1

— Bonsoir, Camille.

Bile lui tend la main , que Camille repousse. — Souriant.

Oh! oh!

Bile sort.

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