SCÈNE VIL
Les Mêmes, xMADELElNK.
MADELEINE, pleurant.
Mainselle!., Ah! ah!... C'est une lettre... Ah!...
CA3IILLE.
Donne. — Où donc est-elle?
MADELEINE , toujours pleurant, et cherchant la lettre dans son tablier.
Je ne sais plus... Ah! ah!...
CAMILLE
Qu'as-tu , pour tant pleurer?
MADELEINE
J'ai bien du chagrin !
Parle , au lieu de soupirer.
MADELEINE
Ah! tant j'ai du chagrin, je voudrais être morte!
CA5IILLE.
Mais quel est ce chagrin enfin? de quelle sorte?
MADELEINE, éclaUnt tout à fait.
Pierre... Ah! ah! ah!
CAMILLE, lui prenant les mains.
Eh bien, quoi?... Pierre?
MADELEINE
Il sort d'ici.
Pierre qui m'aunait tant! que j'aimais tant aussi!... Mon Pierre!... Ah! ah! mon Dieu!
CAMILLE
Quoi donc?
MADELEINE
Est-ce possible!
Je m'y fiais si bien!... Je dormais si paisible!... Quand un ange du ciel me serait apparu , Quand il me l'aurait dit, je ne l'aurais pas cru.
CAMILLE, doucement.
Explique-toi; voyons!
MADELEINE
Oui, Pierre m'a laissée; Il ne veut plus de moi, de moi, sa fiancée; Il est devenu riche, un monsieur, un bourgeois; Il n'est pas fait, dit-il, pour vivre en villageois; Il se fixe à Paris; il lui faut une femme Qui sache le bon genre et soit une madame.
Bile se remet à pleurer.
CAMILLE
Où s'est-il enrichi ?
MADELEINE
Que sais-je? Il m'a parlé D'un endroit tout plein d'or; c'est comme un tas de blé. Il a gagné la Bourse...
CAMILLE
A la Bourse, sans doute?
MADELEINE
A la Bourse, c'est ça. — Si le bon Dieu m'écoute, Il prendra son tonnerre, et jusqu'aux fondements Brûlera cet endroit qui fait ces changements. Ahl pourquoi Pierre a-t-il cet argent qui le change! Et que n'est-il encor pauvre batteur en grange 1
CAMILLE
N'as-tu pas honte, enfant, de tant te lamenter? Et, puisque Pierre est vil, peux-tu le regretter?
— Moi, je serais plus fière; et, comme toi frappée, Le mépris éteindrait l'affection trompée.
— Va me chercher ma lettre, et sèche-moi ces yeux.
Bile lai essuie les yeux avec son mouchoir. — Madeleine sort.